lundi 10 février 2014

Les sagouins - 1995

Puisqu'il y a prescription, je peux aujourd'hui pleinement parler d’événements de ma jeunesse, autant que je puisse considérer de la sorte quelque chose de vingt ans. Disons que ça me rassure. Je peux raconter qu'il y a quelques semaines, lors d'une promenade avec ma fille vénérée au jardin botanique de la capitale régionale, me sont remontées anxiogènes les traces d'une beuverie d'anthologie qui avait dégénérée en pugilat maraîcher.

Comprenez là cinq ou six adulescents sortants ou allant je ne sais plus, c'est vous dire, à un concert de métal, imbibés de je ne sais plus non plus quoi. Hmm, malgré tout souvenir, peut être mélangé avec une autre soirée tant elles furent à ces moments. M.O.D. Du gros métal sans ambiguïté disons. Des putains de fachos. Bref. Une ou deux voitures, je ne sais plus. Moitié lycéens attardés, moitié étudiants déjà bien campés, je crois bien par contre ne pas avoir oublié tout ceux qui étaient là. Tous aussi malades les uns que les autres. Tous agités par une frénésie chaotique.

Le jardin botanique qui jouxtait la cathédrale était un "plan de nuit" réputé pour tous les zonards sans oseille de notre petite ville maudite. La plupart du temps il s'il touchait de jour mais sagement les nichons et glands des adolescents, les mamans et les papas modernes faisaient gambader leur héritage, les vieux venaient attendre la mort. La nuit tout s'inversait, les pédés venaient chercher la vie dans le peu peu d'ombre que l'actualité d'alors leur offrait, les gardiens dormaient dans les musées pendant que des gamins enjambaient les grilles des remparts pour y tirer des coups et en boire à l'abris des regards de leurs parents décidés à leur faire croire que jamais ils n'avaient fait cela. Tout cela sous l’œil bienveillant du Seigneur.

Mais cette nuit là il se s'agit pas de sexe. Du tout. Ou si de tels enjeux devaient se jouer nous n'en avions pas la moindre conscience alors. Et je ne sais plus comment cela est parti.On a pas pu se retenir. C'est parti tout seul.

On était là avec la petite, au milieu des coloquintes, quand ça m'est revenu. Celle que j'ai pris en pleine gueule. Celle que cet enculé m'a lancé d'une bonne bourre en plein dans le coté droit de la face. Une courge, quelque chose du genre. Pas la première pierre c'est certain cependant.Mais quelque chose du genre de tout ce qui a volé pendant quelques secondes dans un flots de rires démoniaques et alcoolisés, délirants et libérateurs. Cela devait être septembre ou octobre, autrement les munitions n'auraient pas étés si abondantes. Le temps fait s'imaginer de gigantesques batailles à partir de simples escarmouches, mais je crois bien que ce soir là quand même, ça a vraiment chié.

Au point que vingt ans après je m'en sente angoissé en place même de ce lointain forfait. Je m'imaginais déboulant avec ma môme, viens voir ma pupuce les jolies courgettes, face à une purée végétale, une compression de cucurbitacées, des plates bandes pressées du piétinement de parfaits impitoyables porcs.

Un peu plus bas, il y  a quelques bassins, nénuphars et carpes koï. Quel pût être leur menu ce soir là ?

Je me suis soudainement rappelé qu'il y avait un marchand de glaces pas loin du parc.

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