Nous avons tous notre lot de journées qui démarrent mal. Marcher au réveil dans le dégueulis du chat et sentir la vomissure encore chaude remonter entre les orteils nus et encore engourdis fait parti des signes dont on se dit qu'ils annoncent une belle journée de merde.
Et hier matin, les signes ressemblaient à une annonce du retour des chevaliers de l'apocalypse. Ma compagne n'était pas partie depuis cinq minutes pour aller bosser qu'elle appelle à la maison pour me dire qu'elle a crevé un pneu. Comme elle est en essai pour un nouveau job, et qu'il vaut mieux éviter dans ce cas d'être à la bourre, je lui dis que j'arrive avec l'autre bagnole. Je sur-presse ma gamine pour qu'elle s'attife en vitesse et je la colle dans la tire avec son petit déj. Let's go, allons sauver maman.
On procède à l'échange des voitures et je me lance dans le changement de la roue. Il est 8h00. L'école commence dans quarante minutes. Je sors le cric, monte la bagnole, mais impossible de foutre la main sur la clé de déboulonnage. Coincé en rase campagne, je me résous à redescendre chez moi en roulant sur la jante à 10 km/h..
Pendant le trajet interminable et particulièrement honteux lors de la traversée du bourg, sous le regard médusé des habitants qui me considèrent déjà sans ça comme un phénomène de foire, je me fais monter tout seul en ruminant dans ma barbe, une colère bouillante. A tous les coups, je vais niquer ma jante, je vais pas remettre la main sur la clé, on va être à la bourre à l'école, je vais encore passer pour un père irresponsable, et puis je vais en chier comme un salaud à sortir cette roue de son axe comme la dernière fois où elle était collé au disque de frein, et je vais me niquer les mains, et en plus ça caille, je vais me dégueulasser, je vais être trop énervé pour me mettre au boulot etc... Auto pression.
Au bord de l'AVC, à deux cent mètres de chez moi, ma fille m'interpelle.
-Oh regarde papa !
Je tourne la tête, et je découvre, sidéré, à une cinquantaine de mètres de nous, dans le pré, des dizaines de grues posées sur une mare éphémère due au débordement de la rivière. Des dizaines, blanches comme la neige, étincelantes au milieu du vert herbacé encore un peu sombre de ce proto-printemps, sublimées en contrastes par la lumière finissante de l'aube. Je stoppai délicatement la voiture. Nous pûmes les observer près d'une minute, bouches bées, jusqu'à ce qu'elle décident que nous en avions assez vu, et qu'elles s'envolent en collège. Sauf une, qui traîna encore quelques secondes.
-Elle a pas bien dormi je pense, me dit ma fille. Elle a envie de rester un petit peu encore.
Et moi donc.
Dans leur envol, elle emportèrent ma colère. Je redémarrai avec le sourire, détendu comme si je sortais du hammam. Arrivé chez moi, je retrouvai la clé de déboulonnage qui avait glissé sous un siège, la roue sortit toute seule comme si on l'avait beurrée la veille, je me salis à peine les mains. Et à 8h39, ma fille rentra dans la cour de l'école.
mardi 20 mars 2018
Ils ont bon dos les anars.
Je suis anarchiste. Quel scoop. Non seulement je le revendique, mais j'en suis fier. J'estime, que ces idées et leurs enfants, dont le situationnisme, sont ce qu'il reste de plus neuf et de plus avancé en réflexion politique. Et ceux qui le nient n'ont jamais cherché à comprendre la nature de ces pensées, car il s'agit bien là de cela, d'une pluralité, et non, comme on voudrait le faire croire, à un courant. Les anarchistes n'existent pas. Il existe DES anarchistes. C'est certainement cela qui est inconcevable pour ceux qui attendent désespérément un messie, qu'il vienne du ciel ou de la terre.
Je passerai sur le comment en un peu plus d'un siècle, on a en permanence utilisé pour définir l'insécurité sociale le terme "anarchie", déformant ainsi le sens du mot et de ses espoirs, pour en faire dans l'opinion publique, par magie, l'exact inverse de ce qu'il est. Ou comment aujourd'hui, dans l'imagier d’Épinal, l'anarchiste est représenté comme un jeune casseur cagoulé tout de noir vêtu qui n'a rien d'autre que la haine à proposer.
Que cela soit bien clair. La seule mouvance politique qui puisse se vanter, dans toute l'histoire de l'humanité, de n'être responsable d'aucune tuerie de masse, d'aucun génocide, d'aucune oppression, c'est l'anarchisme. En revanche, les anarchistes, et si l'on se cantonne uniquement au vingtième siècle pour faire court, ont été systématiquement persécutés, massacrés, déportés, emprisonnés et ce par toutes les sortes de pouvoirs. Aujourd'hui encore, ils sont une des cibles préférées des libéraux qui tentent et réussissent à les faire passer pour le pendant marxiste de Daech.
Les anarchistes sont des utopistes. Cette phrase, cet argument de merde déployé comme l'arme ultime de discrédit, prouve à quel point la pensée politique est vue par la majorité aujourd'hui comme un discours de réel, ou attendu et entendu comme tel. Il y a de quoi pisser de rire quant on observe la politique contemporaine, dispensée à coups de légendes économiques, de mensonges, de manipulations d'opinion, ne répondant qu'à une seule réalité, celle des détenteurs du pouvoir. Comme si l'utopie était devenue quelque chose de vulgaire, de sale. Comme si Marx ou Adam Smith n'étaient pas en leur temps des utopistes. Comme si lorsque l'humanité avait avancé ce n'était pas grâce aux rêves, aux espoirs, aux projections, aux désirs profonds et conscients. Comme si le réel n'était plus aujourd'hui que la seule base valable de pensée. Comme si fallait brûler tous les livres. Une utopie qui a vécu sans être nommée près de deux siècles en Islande en plein moyen âge. Une utopie ouais.
J'emmerde le réel. Je le conchie. Je lui pisse à la raie. Je le refuse et ce faisant, je m'inscris dans la lutte. Pas une lutte de rue, pas une lutte de barricade, je n'en ai pas les couilles, mais d'abord, et cela me semble tellement déjà, une lutte contre moi même. Contre ma réalité. Contre mes besoins qui assouvis entraînent la mort des autres. Contre mes réflexes égoïstes de confort. S'attacher au réel, c'est faire crever en nous toute forme d'espoir. Le réel, c'est'une hyène qui se nourrit des charognes de ses frères, sans état d'âme.
J'emmerde le réel car il me pousse au repli, à ne considérer que ma petite personne, parce que le réel est de droite. Admettre le réel c'est se résigner. C'est conserver, vénérer la permanence, nier l'entropie de la matière, et paradoxalement, c'est nier également la mort, et par conséquent la vie dans ce qu'elle a de plus précieux. Sa brièveté. Il est d'ailleurs très amusant d'observer que les grenouilles de bénitier ou les créationnistes font sans arrêt appel au réel quant il s'agit de faire brûler les pédés. Amusant aussi d'entendre proférer cet attachement au réel de ceux qui consomment de la technologie manufacturée par des enfants dans des pays du tiers monde mais qui nient en permanence l'impact social de nos modes de consommation. Au nom du réel, je vote Macron, mais mon Iphone n'est pas souillé de sang infantile.
Les anarchistes sont partout et nulle part. Nulle part car ils ne se réclament de rien si ce n'est de la fraternité et qu'elle ne supporte aucun drapeau, partout car le désir d'auto-gestion, de maîtriser leur propre vie les pousse à intervenir dans de multiples secteurs, à s'impliquer socialement et collectivement. Collectifs d'aide aux réfugiés, soupes populaires, association humanitaires, maraudes, coopératives agricoles éco-responsables, luttes anti fascistes, cours du soir, etc... Vraiment des salauds. Et par dessus le marché, de façon anonyme, ce qui les rend encore plus suspects, ne pas vouloir tirer de la gloire de son empathie va finir par devenir un crime, comme l'est déjà la solidarité..
Alors non, les anars, ils votent pas. Ils n'en ont rien à secouer de ce simulacre de consultation dont de toute manière les résultats sont méprisés, biaisés et manipulés, et on le leur reproche bien assez. Non ils ne votent pas. Ils agissent. Ils organisent, se responsabilisent. Ils sont, chacun, individuellement, des micros sociétés qu'ils fédèrent dans l'action. Loin des médias, près des hommes, ils attendent, patiemment dans l'ombre, que l'absurdité qu'est devenu notre monde se casse la gueule sous son propre poids pour laisser passer le vent et que les consciences s'éveillent à l'idée que la liberté, ça ne s'attend pas, ça se prend.
Je passerai sur le comment en un peu plus d'un siècle, on a en permanence utilisé pour définir l'insécurité sociale le terme "anarchie", déformant ainsi le sens du mot et de ses espoirs, pour en faire dans l'opinion publique, par magie, l'exact inverse de ce qu'il est. Ou comment aujourd'hui, dans l'imagier d’Épinal, l'anarchiste est représenté comme un jeune casseur cagoulé tout de noir vêtu qui n'a rien d'autre que la haine à proposer.
Que cela soit bien clair. La seule mouvance politique qui puisse se vanter, dans toute l'histoire de l'humanité, de n'être responsable d'aucune tuerie de masse, d'aucun génocide, d'aucune oppression, c'est l'anarchisme. En revanche, les anarchistes, et si l'on se cantonne uniquement au vingtième siècle pour faire court, ont été systématiquement persécutés, massacrés, déportés, emprisonnés et ce par toutes les sortes de pouvoirs. Aujourd'hui encore, ils sont une des cibles préférées des libéraux qui tentent et réussissent à les faire passer pour le pendant marxiste de Daech.
Les anarchistes sont des utopistes. Cette phrase, cet argument de merde déployé comme l'arme ultime de discrédit, prouve à quel point la pensée politique est vue par la majorité aujourd'hui comme un discours de réel, ou attendu et entendu comme tel. Il y a de quoi pisser de rire quant on observe la politique contemporaine, dispensée à coups de légendes économiques, de mensonges, de manipulations d'opinion, ne répondant qu'à une seule réalité, celle des détenteurs du pouvoir. Comme si l'utopie était devenue quelque chose de vulgaire, de sale. Comme si Marx ou Adam Smith n'étaient pas en leur temps des utopistes. Comme si lorsque l'humanité avait avancé ce n'était pas grâce aux rêves, aux espoirs, aux projections, aux désirs profonds et conscients. Comme si le réel n'était plus aujourd'hui que la seule base valable de pensée. Comme si fallait brûler tous les livres. Une utopie qui a vécu sans être nommée près de deux siècles en Islande en plein moyen âge. Une utopie ouais.
J'emmerde le réel. Je le conchie. Je lui pisse à la raie. Je le refuse et ce faisant, je m'inscris dans la lutte. Pas une lutte de rue, pas une lutte de barricade, je n'en ai pas les couilles, mais d'abord, et cela me semble tellement déjà, une lutte contre moi même. Contre ma réalité. Contre mes besoins qui assouvis entraînent la mort des autres. Contre mes réflexes égoïstes de confort. S'attacher au réel, c'est faire crever en nous toute forme d'espoir. Le réel, c'est'une hyène qui se nourrit des charognes de ses frères, sans état d'âme.
J'emmerde le réel car il me pousse au repli, à ne considérer que ma petite personne, parce que le réel est de droite. Admettre le réel c'est se résigner. C'est conserver, vénérer la permanence, nier l'entropie de la matière, et paradoxalement, c'est nier également la mort, et par conséquent la vie dans ce qu'elle a de plus précieux. Sa brièveté. Il est d'ailleurs très amusant d'observer que les grenouilles de bénitier ou les créationnistes font sans arrêt appel au réel quant il s'agit de faire brûler les pédés. Amusant aussi d'entendre proférer cet attachement au réel de ceux qui consomment de la technologie manufacturée par des enfants dans des pays du tiers monde mais qui nient en permanence l'impact social de nos modes de consommation. Au nom du réel, je vote Macron, mais mon Iphone n'est pas souillé de sang infantile.
Les anarchistes sont partout et nulle part. Nulle part car ils ne se réclament de rien si ce n'est de la fraternité et qu'elle ne supporte aucun drapeau, partout car le désir d'auto-gestion, de maîtriser leur propre vie les pousse à intervenir dans de multiples secteurs, à s'impliquer socialement et collectivement. Collectifs d'aide aux réfugiés, soupes populaires, association humanitaires, maraudes, coopératives agricoles éco-responsables, luttes anti fascistes, cours du soir, etc... Vraiment des salauds. Et par dessus le marché, de façon anonyme, ce qui les rend encore plus suspects, ne pas vouloir tirer de la gloire de son empathie va finir par devenir un crime, comme l'est déjà la solidarité..
Alors non, les anars, ils votent pas. Ils n'en ont rien à secouer de ce simulacre de consultation dont de toute manière les résultats sont méprisés, biaisés et manipulés, et on le leur reproche bien assez. Non ils ne votent pas. Ils agissent. Ils organisent, se responsabilisent. Ils sont, chacun, individuellement, des micros sociétés qu'ils fédèrent dans l'action. Loin des médias, près des hommes, ils attendent, patiemment dans l'ombre, que l'absurdité qu'est devenu notre monde se casse la gueule sous son propre poids pour laisser passer le vent et que les consciences s'éveillent à l'idée que la liberté, ça ne s'attend pas, ça se prend.
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