jeudi 16 janvier 2020

Aux ânes citoyens. Moi le premier.


Il y a deux manières de combattre, l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes.” Machiavel.


"La liberté de l’homme consiste uniquement en ceci qu’il obéit aux lois naturelles parce qu’il les a reconnues lui-même comme telles, et non parce qu’elles lui ont été extérieurement imposées par une volonté étrangère, divine ou humaine, collective ou individuelle, quelconque." Bakounine

"La dictature peut s'installer sans bruit.." Orwell.

On a beau avoir entraîné son être à être plus dans la réserve, dans l'observation à distance, que dans la réaction instantanée, à s'auto-convaincre que notre esprit critique ne doit s'exercer que dans le domaine de compétences que nous maîtrisons, pour moi, la musique, il y a un moment où, même si l'on sait que ce n'est pas bien, comme crever la pustule d'un poil incarné proche de l'anus au risque d'une infection encore plus grave, s'impose un besoin vital de hurler, pour se soulager. Il y a des situations où quand on n'a plus de mains pour ouvrir sa braguette il faut pisser quand même. Il faut savoir se faire du bien, c'est un moindre mal. C'est cela ou avoir le saisissement que l'on va crever de mutisme dans une crise d'asthme social. On sait pourtant qu'à part sur le vent, nos cris ne rebondiront sur rien, n'auront pas d'écho ailleurs que dans le néant, et n'auront pas plus d'effet sur le monde que l'interdiction des cotons tiges en plastique sur la santé des océans. J'avais décidé de la fermer ma grande gueule, mais je ne peux plus. C'est ça ou le cancer. Il est fort probable que je ne débite ici que des conneries, et je l'espère du fond du cœur. Vous me direz. J'aurais au moins le mérite d'être dans l'air du temps.

Je n'ai bien entendu, comme la majorité des commentateurs adoubés ou non par le pouvoir ou ses opposants, aucune légitimité à commenter quoique ce soit. Mais je crois aussi, que la légitimité n'a plus d'autre fonction que d'essuyer la chiasse au cul des larbins de l'oligarchie quant ils ont abusé du caviar totalitaire. Etre vivant est suffisant pour avoir le droit d'hurler sa rage face à un coup d'état. L'escroquerie des Droits de l'Homme a fini d'enterrer toute perspective de révolution. Droits de l'homme riche et propriétaire. Cette fumisterie, dictée par les bourgeois à leur unique profit, n'a en bout de course eu qu'un seul effet : interdire toutes formes classiques de contestation - de même la Convention de Genève n'a fait que légitimer la guerre. Les Droits ont définis les limites de ce qu'il est acceptable de dénoncer ou non, et les modalités de ces dénonciations. Il y a des règles pour faire la révolution. Grivèlerie. Tandis que les possédants s'essuient leurs godasses pleines du sang des gosses d'Afrique sur nos fiches de salaire plus minces chaque jour, nous acceptons gentiment de manifester là où on nous le demande, nous acceptons de nous faire imposer les termes du débat à coup de matraque et de baballes en caoutchouc, et nous les remercions de nous faire sentir vivants ce faisant. Et nous nous récurons les chicots avec notre dignité. En hiérarchisant ce qui est acceptable ou non, nos propriétaires on divisé le Tout pour nous interdire de détricoter les liens qui nous entravent. Plus rien n'a de rapport avec rien.

Nous sommes entrés graduellement dans une ère où le mensonge ne compte plus. Et par rebond la vérité non plus. Travestir le réel n'est plus un problème, en quelques années, appeler un chat un caillou est devenu une banalité, de tous les cotés. Quand la gauche et l'extrême gauche répugnent à renvoyer la violence en travers de la gueule de leurs ennemis, au nom d'une grandeur humaniste de mes couilles, elle n'hésite pas une seconde pour user de désinformations, d'exagérations plus grosses qu'un mammouth gonflé à l'hélium, de ce que la droite molle, dure ou immodérée a depuis longtemps érigé en étalon. Par là, de face ou de coté, les gauches font l'aveu en creux que seul l'exercice du pouvoir les font bander, et l'on ne s'étonne plus que des députés fraîchement élus à l'ouest de l'hémicycle au nom de la défense des pauvres viennent chialer parce qu'ils ont du mal à se loger à Paris avec leurs sept milles balles de rémunération, ou que d'autres dealent avec les agents du pouvoir pour mettre en scène de fausses esclandres à leur profit médiatique.

La grande revanche. Revanche de 1789, revanche de 1848, revanche de 1945, revanche de 1968, revanche de 1981, revanche de 1995. Le sang des Communards ne leur a jamais suffit. Celui des Juifs, des Résistants, des Anarchistes non plus. Stratégie, vicieuse, insidieuse, pernicieuse et pourtant développée au grand jour. Avant de pouvoir attaquer, il faut préparer le terrain. Avant de pouvoir avancer, il faut s'assurer d'avoir pratiqué un déminage complet. Les mines sur ce théâtre d'opération là, ce sont le savoir, l'éducation, la culture, la santé, le salaire, la liberté de circulation, la liberté d'expression. Le pouvoir s'est donc attaché, avec une patience digne d'un cul de jatte gravissant l'Everest, et par des stratagèmes sans cesse renouvelés, à foutre en l'air un par un ces couloirs qui pouvaient amener un peu d'air frais dans nos têtes, à bouffer chaque pion avant de s'attaquer à la garde rapprochée, de violer la reine, puis de buter le roi, tout en maintenant un équilibre délicat entre précarité et misère. On ne pourrait qu'admirer une telle opiniâtreté si son but n'était pas si mortifère. Ainsi, aujourd'hui, un mois de grève peut vous coûter votre baraque, votre emploi, et donc votre santé, votre famille, votre vie. Et même mort, vous ne pouvez plus être en paix. Vous aurez beau avoir subit l'injustice la plus immonde possible, être assassiné en place publique par des flics, l'Appareil salira votre mémoire pour trois procès verbaux impayés, vomira sur la tête de vos orphelins pour ne pas perdre la face. Même les martyrs n'ont plus aucun effet.

En acceptant la "déflation participative" sous Mitterrand, nous avons ouvert la porte de la participation d'un euro chez le toubib et donc à l'assassinat de la Sécurité Sociale, en adoubant la privatisation des autoroutes, nous avons vendu nos ports, nos parkings, nos écoles, nos journaux, nos barrages et nos terres. En renonçant au code du travail, nous avons vendu nos corps, nos familles, nos enfants et leurs culs. Nous avons prostituées nos âmes pour un peu plus de confort au détriment de notre blanc-seing. Le dernier clou dans le couvercle du cercueil aura été de militariser avec armes et bagages les flics si bien qu'on ne distingue plus un condé d'un bidasse. On tire avec des armes de guerres non létales (sic) sur des manifestants pacifiques, mutilant des gosses, des pères et mères de famille, des handicapés et des personnes âgées. Plus besoin de loi martiale. Au nom des smartphones et des pâtes à tartiner. Et malgré l'arrivée d'internet, immense espoir de démocratisation de la connaissance, qui s'est retourné contre nous, bibliothèque infinie devenue une effrayante machine de contrôle et de propagande.

Tout cela ne serait rien, en tout cas pas si grave, si nous disposions encore du minimum d'outils pour simplement penser cette guerre. Mais même cela, ils nous l'ont pris. Même les mots. Adieu travailleurs élèves et pauvres, bienvenue employés apprenants et précaires. Ils ont privatisé le langage pour mieux violer les concepts. De l'utilisation décomplexée à tout venant des oxymores, croissance durable de ta mère, il n'y eût qu'un pas à faire pour remplacer les définitions dans les lexiques. Ainsi l'anarchisme est devenu le chaos, la laïcité est devenue œcuménisme,  la liberté sécurité, l'équité l'égalité, la fraternité propriété. Prendre son vélo en ville est devenu une révolution urbaine, le développement personnel l'étape inconditionnelle du mieux vivre ensemble, héros solitaires et vengeurs au nom de l'humanité toute entière sans consultation préalable. Fumiers de romantiques. Pourquoi alors s'étonner quand une députée sur un plateau de télévision assume d'une voix tonitruante qu'elle déteste le mot "solidarité" ? Pourquoi s'offusquer qu'un président de la République au lendemain d'une répression policière sans précédent s'autorise à proclamer en public qu'il "ne peu(t) pas accepter la haine, la violence et l’irrespect" ? Comment dès lors combattre des élus qui affirment que universel est le contraire de général, spécificité le contraire de spécial, que la régression c'est le progrès, que le dialogue c'est la violence ? Comment désosser une presse qui pour ne pas dire qu'un numéro d'urgence est payant, titre qu'il n'est pas totalement gratuit ?

L'abdication face à la dénonciation d'un coup d'état fasciste réside sans doute dans sa mutation. Le fascisme n'a aujourd'hui plus rien à voir avec celui des années trente du vingtième siècle. Il est bien plus subtil, bien plus sournois. Il est 2.0. C'est une start-up. Autrefois propriété de l'état, il est maintenant une force mondialisée, tentaculaire, qui s'est infiltré non pas dans nos sociétés, mais dans nos crânes. En soixante-dix ans de propagande néo-libérale, et plusieurs siècles d’idolâtrie benête des hérauts et des héros, nous avons fini, par fascination romantique morbide, par adhérer à des principes que nous dénonçons pourtant dans le même temps. Cette dichotomie s'illustre par exemple par l'escroquerie de la liberté de consommation, pour laquelle nous acceptons de nous enchaîner à vie à une banque en contractant des crédits pour nos baraques, nos bagnoles, nos vacances, et même à présent, notre bouffe, dans la glorification de l'individualisme, du populisme, des nations même dématérialisées, et du libéralisme, tout en gueulant comme des putois en chaleur contre le capitalisme. Et comment dénoncer un ennemi si c'est aussi se dénoncer soi même ? Nous avons suffisamment à perdre pour ne pas vouloir gagner. Toute cette expropriation de nos corps nous fait chérir l'inutile. Au nom des besoins individuels, crées de toute pièce par l'industrie et le marketing, nous avons abandonné jusqu'à l'idée même du bien commun. Ne nous étonnons pas que la planète toute entière soit en train de prendre feu. Au sens propre.

Si nous ne nous sentons pas encore assez démunis pour aller risquer notre peau, au mieux un œil ou une main, contre un maintien de l'ordre polémologique, c'est aussi parce que notre désir, notre nécessité de contestation s'est diluée dans l'utilisation des réseaux sociaux en dématérialisant la révolte. Que l'on soit de n'importe quel bord ou port, il y a toujours quelque chose à dénoncer. Il y a seulement trente ans, quand le besoin se faisait trop pressant, nous allions dans la rue, nous écrivions à nos élus, nous allions leur botter le cul. On s'engueulait au bistrot, mais la parole circulait de la main à la main et s’arrêtait à la porte du troquet, ou sur le trottoir à coups de mandales molles avinées. La parole ne circule plus, nous croyons parler au monde entier mais nous écrivons sur un miroir. Nous débitons plus de conneries à la minute qu'une buvette du Hellfest sert de bière dans un même temps. Le commentaire tue la pensée. En mai 1968, qui n'est quand même pas mon fantasme révolutionnaire favori, et de loin, la moitié des actifs étaient en grève. La moitié bordel. A présent nous tweetons, nos postons, nous partageons des pétitions en ligne. Pas que cela soit complètement inutile, non, mais cela sert plus que tout le caporalisme qui n'a plus en face de lui qu'une résistance virtuelle - donc aucune - lorsque ses attaques s'enfoncent en profondeur dans notre chair un peu plus chaque jour. La possibilité illimitée du commentaire à n'importe quel sujet nous a fourvoyés. Quand nous y défendons la liberté d'expression, nous oublions qu'en trois cent quarante caractères il est chimérique d'écrire autre chose que de la merde. Et moi le premier putain. Combien de foutues d'heures ai-je perdu à laisser parler mon slip ? Une fois que nous avons vidé notre sac sur le web, que nous reste t'il de ce besoin de hurler ? Rien. Nul n'a gagné de guerre à la pointe de son stylo - encore un fantasme romantique à se passer les couilles à la soude - pourtant bien plus meurtrier qu'un téléphone portable ou un ordinateur. Vous me direz, dans les mains de Joe Pesci, faut voir.

Alors quoi ? C'est bien gentil de nous dérouler tout un tas de constats qui ne valent pas mieux en terme d'impact qu'une mouche filant entre deux lattes d'un store. Tu nous sers quoi d'autre si ce n'est un constat d'échec et une demande de capitulation ? C'est pas faux. Mais ce n'est pas vrai. 

Le prisonnier qui cherche à foutre le camp examine la solidité des murs de sa cellule, du scellement de ses barreaux. Pas pour se lamenter sur son sort, ou admirer la maçonnerie, mais pour y voir les failles, repérer les moellons les plus tendres, le mortier effrité, la rouille. Il cherche une brêche. Nous sommes prisonniers d'un système mais il n'y a jamais eu, pour le peu que je connaisse de l'Histoire, de système sans faille, de mécanisme sans faiblesse. Les Gilets Jaunes ont sans le savoir pointé du doigt l'une d'elles. Le simple fait de se rendre visible, à un moment inattendu est déjà une attaque solide, il suffit de voir comment "l'occupation" de ronds points a rendu fou le pouvoir. La surprise est déjà retombée, les flics ont nettoyé les carrefours, et tout cela est déjà imagerie d’Épinal. Mais c'est la preuve qu'en cherchant bien, y'a moyen. Plus l'emprise est forte, et plus chaque évasion a un impact retentissant. Si nous rejetons en bloc (sans séparer ni hiérarchiser les luttes, qui ont toute un ennemi commun, le capitalisme) cette réalité qu'ils nous proposent, et dans le même temps nos intérêts personnels, il nous incombe d'en créer une autre au profit de tous. Elle ne pourra qu'être plus belle, plus majestueuse, plus juste et plus solide car elle sera le fruit d'une action consentie, réfléchie et solidaire. Elle sera  une arme de destruction massive d'un monde qui ne repose sur rien d'autre que notre consentement. Nous ne pouvons plus manifester dans la rue sans risquer l'amputation ? Allons faire la sieste par centaines dans les allées des supermarchés. Et si la semaine suivante les flics sécurisent les allées du PQ aux sardines, on fait la même au MacDo. Et ainsi de suite. En renouvelant les formes de la lutte, nous nous ferons renaître. Il faut conquérir ce à quoi ils n'ont pas pensé. Et s'ils sont aussi cons qu'ils le montrent, ils n'ont pas pas pu penser à tout. Ne jouons pas leur jeu. Créons le nôtre.

"Croire au monde c'est aussi bien susciter des événements même petits qui échappent au contrôle, ou faire naître de nouveaux espace-temps, même de surface ou de volume réduits." Deleuze



jeudi 31 janvier 2019

La messe est dite, toute honte bue.

"T'es parano."

"Ça c'est ton coté conspi."

"T'exagères toujours tout."

 Je dois être dingue donc. Du moins c'est ce que l'on essayé de me faire avaler depuis des années dès que j'ouvrais ma gueule à propos de la dérive fasciste qui a pris le pays depuis les années Chirac disons, c'est à dire quand j'ai réellement commencé à me constituer une pensée politique, empirique dans les premiers temps. Il s'en est passé des années avant que j'ouvre un bouquin sur le sujet. Mais je reste toujours plus attaché à ce que je vois pour comprendre qu'à ce que je lis. C'est peut être une connerie, j'en sais rien.

Cette nuit, la plus terrifiante des lois est passée comme une lettre à la poste dans le silence nocturne d'un parlement désert. Désormais, un préfet pourra quand il le souhaite, sans avoir de comptes ou presque à rendre, interdire sans aucune forme de procès, de manifester. Du PS au RN, tout le monde en rêvait, Macron l'a fait, dans l'indifférence quasi générale. Peu importe qui sera au pouvoir demain, il a désormais les moyens légaux de museler toute forme d'opposition, de contestation. Un préfet n'est pas un élu, n'est pas un représentant du peuple. Il est directement nommé par l’exécutif. Le jour où l'extrême droite prendrait le pouvoir, on pourrait déjà esquisser le tableau et choisir les couleurs de la palette. Des couleurs chaudes. Du jamais vu, depuis Bonaparte.

La liberté de manifestation découle de la liberté de réunion, inscrite dans la loi en 1907, jamais remise en cause depuis, sauf en temps de guerre. Sauf en temps de guerre. Dès lors que l'on touche à un de ses dérivés, cette loi n'a plus aucun sens et il n'y a plus qu'un pas à franchir pour en revenir à l'époque où il fallait déclarer aux autorités la moindre réunion privée sous peine d'emprisonnement. De là découle donc aussi la liberté d'expression, de circulation. Je ne vais pas spéculer sur ce qui peut maintenant arriver, vous voyez très bien où je veux en venir.

Il ne s'agit plus seulement des Gilets Jaunes. Combien de luttes sociales vont se faire écraser grâce à ce dispositif ? Quand surviendra un nouveau Mittal, un nouveau Goodyear, un nouveau 1995, un nouveau 68, un nouveau Front Populaire, le pouvoir n'aura même plus à simuler des négociations. On interdira. Point barre. Que vont devenir les postiers en lutte ? Je prend dès aujourd'hui les paris. Et ceux qui l'ouvreront quand même finiront en taule. Car tel est notre projet. Voilà en fin de compte quel était le but inavoué de Macron et sa clique en attisant toujours plus fort la haine. En taule les opposants.

Création d'un délit de dissimulation du visage. Quant les manifestants se font défoncer par des flics cagoulés sans matricules, ça pourrait prêter à rire, mais je n'ai plus que des larmes. Merci de décliner votre identité avant de vous faire assassiner, on ne veut plus de soldat inconnu. Les médias mainstream sont d'un silence effarant, le retour de djihadistes sur le sol national et le Venezuela prenant toutes les unes. On la connait la salade, elle est pas fraîche, mais on la bouffe quand même.

Demain, en vertu d'une merveilleuse loi encore, les prix de l'alimentaire vont augmenter en moyenne de 6%. Signal envoyé à ceux qui crèvent la dalle qu'on les a bien entendus, mais qu'on s'en bat les couilles. L'électricité et le gaz vont suivre, et mécaniquement le pétrole. Les Gilets Jaunes qui hurlent leur désespoir se font encore amputer d'un ou deux jour de pâtes à l'huile, pire, on leur crache à la gueule en leur disant que c'est nourrissant et bon pour la peau. La loi anti manif passe la veille en urgence, mais c'est moi qui voit des coïncidences où il n'y en  a pas pour sûr. Un signe d’apaisement en somme.

Dans le même temps, des députés appellent au meurtre des djihadistes à l'étranger, sans complexe, insultent leurs opposants au parlement même, des connards se prétendant anarchistes perpétuent des attentats, la droite trouve des qualités à Salvini, et le président de la république ment à chaque phrase, qu'il l'ouvre à l'étranger ou dans son propre pays. Et son premier ministre le suit dans la foulée, sur le service public. Ceux qui pensent que c'est un déni de réalité se fourrent le doigt dans l’œil jusqu'au foie. C'est calculé et mesuré, au poil de cul. Rien de mieux pour tout faire péter, pour faire disjoncter ceux qui sont déjà borderline. Il suffira maintenant d'un connard hystérique qui descend dans la rue avec son fusil de chasse pour pouvoir décréter la loi martiale.

Le Boucher de Jupiter, Castaner, joue son rôle à merveille. Il faudra qu'un jour il songe, comme ses collègues, à se reconvertir dans le théâtre, le spectacle vivant manque cruellement d'interprètes de ce niveau, capables d'incarner les pires salopards avec un sourire Ultrabrite. En réponse à un député FI qui décline la liste des mutilés pendant les manifestations, il ose tout, on sait donc, ce qu'il est, jusqu'à décliner la liste des morts accidentels de ces dernières semaines. Les morts dont il est responsable. L'indécence a enfin accès à l'Olympe. La honte n'a plus sa place dans leurs cerveaux obstrués par leurs privilèges, si elle en a eu une un jour.

Mes lendemains ne chantent plus.

mardi 8 janvier 2019

Faut pas s'étonner.

Faut pas s'étonner que ça nous pète à la gueule. Et faut pas chialer non plus. On l'a bien cherché.

Faut pas s'étonner si dans les prochains mois je me barre à l'étranger tant l'air me devient insupportable à respirer en France. Non contents de déjà nous prendre pour des cons depuis Paris-Dakar en brouette, maintenant ils cognent sans vergogne sur des handicapés ou des vieux qui réclament, les bâtards, de la dignité. Je ne souffre d'aucun handicap, si l'on excepte ce qui touche à la sociabilité, mais je n'échapperai pas à la vieillesse. Et pas question que je crève au sein de ce "projet". En voilà un de bien chouette de mot, pour une proposition de rêve, pour ceux qui s'en tirent le mieux, qui n'a rien à envier au destin d'un canard gras.

Faut pas s'étonner de voir les banlieues monter à l'assaut des centres villes pour éclater les bijouteries où se pavanent un smic à chaque pied les chanceux du sang ou de la vie, ceux que des miettes de hasards ont placé ci ou là avec des portes ouvertes au vent comme frontières et qui ne font jamais l'effort de prendre en considération ce chaos là, et même t'inventent la méritocratie pour te faire croire à l'égalité des chances. Salopards. Ordures que ces méritocrates qui pour défendre leurs socles te racontent qu'un gamin en Sierra Leone a toutes ses chances de devenir pédégé d'Apple s'il le veut vraiment. Mais alors vraiment..

Faut pas s'étonner de voir éclater le nationalisme, dans un pays où n'oublions pas, nos grands parents dénonçaient des juifs pour les envoyer à la mort, ou bourraient de poudre à canon le cul des nègres avant d'y coller une mèche, quand cela fait deux générations qu'on agite le drapeau des étrangers à chaque problème, faut pas s'étonner qu'il se banalise grâce à une belle partie de la production audiovisuelle mainstream, fiction ou documentaire réunis, dès les programmes pour enfants  qui flirte avec tous les thèmes favoris des ratonneurs. Un bon vieux blockbuster, rien de tel pour te relancer la mode de l'autodéfense, pour te faire avaler une Histoire falsifiée par les studios, par derrière tranquille, sans qu'on s'en rende compte. En plus c'est du bon cinoche ça gâche rien. Parce que les Jedis, ils ont pas lu Bakounine on dirait. Ah, le plan Marshall, une putain d'idée de génie. Il aurait du s’arrêter là et ne pas se mettre à faire des amplis guitare.

Faut pas s'étonner de voir fleurir le complotisme quand tous les mois une histoire de conflits d'intérêts explose dans les milieux politiques et/ou religieux et/ou médiatiques et/ou financiers, tous confondus et qu'au fur et à mesure, dans le même temps que l'explosion de l'internet,  on supprime des circuits éducatifs tous les accès à l'esprit critique. Faut pas s'étonner, que celui qui un jour, découvre qu'il s'est planté toute sa vie sur toute la ligne, sombre dans la première théorie foireuse qu'il croise. Le mécanisme est le même pour les soraliens que pour les satanistes. Une déperdition à la base. Un trouble. On peut se planter dans ces moments là. Comme prendre un laxatif quand on a la gastro. C'est dangereux.

Faut pas s'étonner de voir toute forme d'opposition à Macron tenter de récupérer les Gilets Jaunes, c'est la première fois en quarante ans qu'il se passe quelque chose de politique en France, faut les comprendre, ils ont pas l'habitude. Regardez les se cramer un par un, Wauquiez a quand même été le meilleur, nier avoir porté le gilet, même pris en photo avec, depuis, même sa famille le cherche. De l'extrême gauche gauche à celle de droite ils se tirent tous des balles dans le pied sans même toucher le flingue. Ça me rappelle mon dépucelage.

Faut pas s'étonner de voir gonfler la haine de ceux qui se les gèlent sur les ronds points parce qu'ils crèvent de faim ou de rêve ou de douleur ou de bêtise ou de détresse, quand l'immense majorité de ceux à qui ils s'adressent n'a rien d'autre à leur répondre que : vous êtes des  gros cons. Ajoutez à cela l'insupportable sensation de n'être soutenus que par une minorité de concitoyens, quand ils ne sont pas conchiés par les autres, et il faudrait qu'ils se calment. Les hommes ne sont pas des chiens, ils ne se laissent pas battre à mort même par leur vénéré maître. Même le plus con de tous les hommes.

Faut pas s'étonner de la violence des flics, aménagée petit à petit par l'Etat à son service, à coups de petites lois mesquines toujours destinées à entraver les plus petits et à libérer les plus gros. Faut pas s'offusquer parce que le connard qui cogne sa femme  ou ses gosses défonce des mioches à la sortie du lycée. Pas que tous les flics tabassent leurs conjointes, mais il doit bien y en avoir la même proportion que dans le reste de la population, ça fait une belle bande de brutes épaisses en liberté dans les manifs.

Faut pas s'étonner de la politique de bas étage quand la pensée s'élabore en punchlines aux caractères limités par une pensée dominante en prise sur toute forme de savoir.

Faudra pas s'étonner quand ce sera au reste du quart monde tout entier de réclamer des comptes. On l'aura bien cherché.




mercredi 12 décembre 2018

Un cachet pour des pavés.


Il en faut des putains de hasards pour que je me retrouve à Paris pendant la "crise" (sic) des gilets jaunes, à jouer dans un théâtre situé place des Brigades Internationales d'où partirent de nombreux volontaires pour aller la mettre à Franco. On sait ce qu'il advint d'eux. On sait le prix à payer contre le fascisme. On le sait mais aujourd'hui on trouve qu'il pèse peau de zob face à la merveille de civilisation consumériste dans laquelle nous nous vautrons au prix de génocides à l'autre bout de la planète. Nous sommes des bœufs à œillères focalisés sur notre mangeoire, merde, pourvu que l'avoine soit bio, j'ai des problèmes de selles en ce moment ce monde me stresse.

La paupérisation te saute à la gueule à Paris. Dans les villes de province, ils ont réussi ce tour de force de cleaner les centres villes de leurs clodos, de leurs punks à chiens, de leur prolos, de leur galériens, cantonnés aux périphéries par la ghettoïsation économique. T'as le RSA t'as rien à foutre à aller faire tes courses à Monoprix, reste à coté de ton Lidl pauvre con tu fais tâche devant la vitrine de Zara. Mais à Paris, même, y'en a trop au mètre carré du pauvre, y'a pas assez de flics pour les virer, et si ça dégueule le paria sur les Champs, c'est que la banlieue est déjà pleine à craquer, que tous les ponts sont pris, les squats saturés, les bidonvilles engorgés.

La représentation de samedi est annulée. Le théâtre a été cordialement sommé de fermer. Il est entouré de librairies coraniques, on est dans un quartier très musulman, une mosquée en face, faudrait pas que les bougnoules s'en mêlent, et on va quand même pas leur offrir un refuge au cas où ils se feraient courser par des fafs. Chacun sa merde. Ce sera donc une journée off pour moi, je vais pouvoir taper la grasse mat dans mon joli petit hôtel bien confortable, payé malgré tout, merci les assurances.

Après avoir copieusement déjeuné défrayé dans la brasserie au coin de ma rue, je me dirige vers République en traînant la patte, tout heureux de pouvoir enfin observer de mes propres yeux sans le filtre des médias ces fameux sécessionnistes, ces girondins, ces jacobins, ces chouans, ces nazis, ces blacks blocks, ces zapatistes, ces guérilleros du béton. Quelques heures offertes par la collectivité et mon employeur à me prendre pour Lévi-Strauss. Les sirènes gueulent partout dans le lointain, des cars, des bagnoles, des flics, des pompiers passent dans tous les sens toutes les trente secondes. Ça doit être un exercice. J'ai regardé BFM avant de partir ils disaient que tout allait bien. Sur le chemin, finissent par apparaître quelques gilets disséminés, qui cherchent leur route dans un Paris que je connais mieux qu'eux, moi qui m'y colle les semelles aux chaussettes tous les cinq ans seulement, en gros. Des jeunes, des vieux, des moyens, par deux ou trois, qui essayent de converger sans savoir où c'est le mieux, où c'est le moins dangereux. Y'a une trouille qui plane. Sur la place, quelques dizaines de points jaunes de ci de là, qui cassent la croûte par petit groupes, et derrière de la statue de Morice, une cinquantaine d’exilés du Togo qui manifestent en cercle au son du reggae pour réclamer le départ de Gnassingbé, font l'attraction du moment. Un hélico passe et repasse, en le suivant du regard j'aperçois un flic posté sur le toit de la caserne de la garde républicaine, qui filme la foule. Ca ne sent même pas la lacrymo. La vraie fête est ailleurs. Je fais le tour de l'enceinte en fumant une clope pour prendre le temps de me décider sur la direction à suivre. Le choix sera vite fait.  Je n'ai pas envie de me faire contrôler, je n'ai pas envie de me faire fouiller. Tous les accès vers le sud sont filtrés. Il n'y a que le boulevard St Martin qui n'est pas entravé en partie par les CRS. Et pour cause. La minute d'après, dans un fade in urbain apocalyptique, précédé des sirènes d'une quinzaine de cars, monte un grondement inconnu pour le P4 que je suis. Je me tourne et assiste effaré au passage des blindés que tout le monde verra à la téloche. Le timbre des moteurs à lui seul est terrifiant. Le son et l'inertie de ces tonnes d'acier poussés par des centaines de chevaux, en pleine ville, en pleine journée, sonne comme le tocsin, j'ai envie de rentrer. Ça fait pas comme au cinéma. A leur passage, la foule se met à hurler et alors qu'ils s'éloignent, une moitié sombre dans l'effarement et le désespoir, n'arrivent pas à y croire, qu'on en soit arrivé là, l'autre moitié commence à vomir sa rage. Quelques électrons s'engagent derrière le convoi en direction de Strasbourg St Denis, je décide de suivre de loin. De plus en plus de monde. Un groupe d'une centaine de personnes remonte le boulevard en gueulant. Parmi les voitures qu'ils bloquent, un petit convoi de noces. Tous les manifestants de mettent à chanter vive les mariés sur la mélodie d'on est les champions.

Porte St Martin. Ça commence à piquer un peu les yeux. Le vent doit certainement ramener des effluves depuis les Champs Elysées vu qu'il n'y a que là bas que ça pète y parait. Ils avaient prévenus qu'il y aurait du vent. Les flics sont partout, ça me stresse, du coup j'ai faim, je fais demi tour et de toute manière tout le monde semble faire comme moi. Je croise un, deux, trois mecs de la BAC, qui descendent d'un pas viril dans la direction opposée, cache col remonté par dessus le nez, bonnet vissé profond. Y'a quelque chose qui pue, je sais pas dans quoi j'ai marché. Au bout du boulevard, collé à un mur, un sdf que j'avais pas vu à l'aller. Il s'est enroulé dans un bâche tellement pourrie que c'est à se demander si ce n'est pas seulement un choix esthétique tant sa fonction d'isolation est compromise par sa vétusté. Les pauvres ont bien droit à leurs petites coquetteries. Il y a trois, voire quatre fois plus de monde sur la place qu'une demie heure auparavant. Des gilets jaunes discutent avec les togolais, des vendeurs de brochettes se sont installés. Ca va pas m'aider ces effluves de grillades. Une plaque plantée au bas d'un platane célèbre la mémoire de trois jeunes tués ici la veille de la libération. J'ai envie de chialer, je sais pas pourquoi. Je me pose pour me couper l'angoisse à grandes taffes de blondes quand un groupe de jeunes essoufflés se pose à coté de moi, ils puent la gazeuse. Ils me racontent qu'ils étaient au début à St Lazare ils pensent, ils sont de Tours, ils se sont fait charger par la police montée, refoulés ils ne savent pas où, coincés, gazés, lattés, l'un deux me montre les traces des coups de matraque sur ses bras qu'il a pris en fuyant. On s'est fait défoncer. Texto. On se croirait à Notre Dame des Landes. Vingt cinq ans et déjà des vétérans les mecs. Putain.  Je vais me chercher un burger, et je leur ramène un peu de flotte.

Ça se densifie. En milieu d'après midi, les refoulés du 1er et du 16ème se rassemblent au calme sur la place. Ca cause, sec, c'est vénère, ça chiale dru, ils ont peur. Tout le monde a eu droit à sa petite dose de répression, à sa petite frayeur, un peu partout dans la ville. Les champs sont totalement verrouillés il paraît, un putain de piège. Des flics en civils tournent partout autour de la place, rôdent dans les passages et les petites rues. L'hélico passe plus souvent, y'en a deux des flics sur les toits maintenant, mais elle est bizarre sa caméra à l'autre là. Une petite délégation de la CNT, drapeaux et autocollants, s'enquille une série de brochettes, ils ont l'air rincés, mais ils sourient tous quand même, ils ont l'air heureux d'être ensembles. Le tour de la statue est piqueté de panneaux jaunes, imprimés de hastags, #macrondemission #fachéspasfachos #pastoucheauxretraites, genre. Je cherche désespérément une tête connue dans la foule, je dois bien avoir un pote qui traîne, j'ai pas envie de rester tout seul, mais j'ai pas envie de faire connaissance, j'ai envie qu'on me rassure tout de suite, j'ai envie de nems. Y'a un thaï à coté de mon hôtel. Je rentre. Sur mon chemin une petite librairie me fait envie, je ressors avec un Volodine et un Despentes, ça sera parfait avec un thé à la menthe après les nems. Un long cortège de manifestants défile, descendant d'Oberkampf, vers République, ils sont nombreux, vraiment nombreux, la place va commencer à être blindée.

Le thaï était fermé, frustré je suis remonté à ma piaule direct. J'ai sommeil. J'ouvre malgré tout et la téloche et les réseaux sociaux pour jauger de la situation médiatique avant de pioncer. A cette heure là, je ne sais plus exactement à quel comptage on en était des arrestations "préventives". Sa mère la pute. On parle d'un dispositif mis en place pour intervenir contre de potentiels terroristes. Des centaines. Des centaines et des centaines de pauvres cons arbitrairement collés en GAV. Les chaînes de télévision se branlent sur les chiffres "exceptionnels", du jamais vu, exhibent fièrement le butin saisi, une faucille un marteau une batte de base dans la même image sur BFM, j'ai failli faire un AVC, trois bouteilles d'acide. Les spécialistes de mes couilles s'enfilent à la queue leu leu sur les plateaux pour débiter leurs analyses stratégiques à deux ronds et féliciter le pouvoir au passage pour sa remarquable gestion de la crise, oh quels progrès depuis la semaine dernière, des forces de l'ordre beaucoup plus offensives ce samedi, seulement trois blessés dans les rangs de la police, c'est remarquable, on te décrit comme dans Turbo les caractéristiques mécaniques des chars comme le dernier 4x4 de chez Chevrolet, et dans le même temps, j'ai twitter qui hurle, ça pète à Toulouse, ça pète à Bordeaux, ça pète à St Etienne, ça pète à Marseille, ça pète un peu partout dans Paris, ça pète ça crame ça chiale et ça tousse, une jeune vient de se faire éclater la gueule par un flashball, elle va surement perdre son oeil, les street meds relaient un nombre impressionnant de blessés déjà, quand je fini par me décider à tout éteindre et à ronquer. Le régisseur lumière du spectacle me propose par sms que je l'accompagne à République, je réfléchis un dixième de seconde avant de décliner.

Deux heures plus tard, le ronflement strident et sourd d'un hélico me réveille. Je mets du temps à capter qu'il est si près. Je le filme trente secondes, il semble chercher, il inspecte les rues de sa poursuite, la nuit est tombée pendant mon sommeil. Je me recouche, y'a quelque chose qui donne envie de dormir plusieurs mois d'affilés. C'est un concert de sirènes, permanent, qui traverse les fenêtres à méga vitrage, l'hélico sonne comme un ordi overclocké collé à mes oreilles à travers elles. Un quart d'heure après il n'a pas bougé que d'une centaine de mètres. J'allume les écrans. Télé. Le calme est revenu dans Paris, la situation est totalement sous contrôle, y'a bien une petite voiture qui crame sur un boulevard, histoire de choquer le bourgeois. Internet. La place la république est en train de se faire gazer, partout la BAC chasse les mecs isolés, il y a des émeutes un peu partout, une bande de centaines de casseurs se déplace sans entraves, Toulouse est en feu, Bordeaux aussi, St Etienne fume. Est ce que le thaï a ouvert ? Je ne le vois pas de ma fenêtre. L'hélico s'en va. Tout à l'air d'aller alors. Je sors de l’hôtel avec la ferme intention d'accumuler assez de calories pour tenir la nuit entière à suivre tout ça bien au chaud de mon plume, je suis dans un état de sidération qui risquerait de compromettre ma sécurité dans la foule. Je fais le tour de la place Fontaine Timbaud en hésitant burger falafels kebab thaï. Alors que j'ai fini par me décider pour le thaï, comme à chaque fois qu'il y a du thaï, des bruits de verres éclatés au loin, des cris, une rumeur, des gens qui marchent de plus en plus vite, certains qui courent. je n'ai même pas eu le temps d'arriver devant le resto que je vois, en haut de la rue des Trois Bornes, apparaître une nuée de types, au moins une centaine, qui descend vers la place en éclatant tout sur son passage. Les poubelles volent, ils montent sur les bagnoles, les rétroviseurs éclatent, les scooters les vélos les motos s'effondrent en gros dominos. Tous les bars et les restos rentrent leurs trois meubles et panneaux à l'arrache, les gens se barrent en courant, moi pareil. Le dernier commerçant à fermer, avec ses clients à l'intérieur, c'est le bar tabac. Les types sont à cinquante mètres quand il réussit à baisser son rideau de fer. Ca attire leur attention. Dans un élan collectif ultra-véloce, ils se jettent comme des dingues l'impact sonne comme un carambolage géant, mêlé à leurs cris de rage et pendant qu'ils s'affairent à forcer, je profite de l'occase pour sprinter jusqu'à l’hôtel. Le temps de monter à ma piaule et d'ouvrir la fenêtre, ils sont rentrés en tordant comme du beurre les rideaux de fer, ils défoncent tout et tout le monde à l'intérieur. Je filme. Maintenant je me dis que j'aurais mérité de lâcher mon téléphone pour qu'il s'éclate de quatre étages. C'est fou ce qu'internet nous a collé comme réflexes de merde. En une minute ils ont tout pillé et repartent. J'ai faim comme si j'avais pas mangé depuis Noël dernier.

Le resto de pâtes à emporter s'est fait éclater ses fenêtres. Les deux vieux qui tiennent la boutique ramassent les éclats de verre au milieu des boites de pizza et des tables. Désolé monsieur mais on est fermé. Tu m'étonnes. Presque tout a fermé, sauf un minuscule tacos. Trois viandes supplément cheddar et une barquette de frites en plus sauce samouraï. Oui oui j'ai très faim, non je suis pas de là, de Limoges, ah oui Limoges, très belle ville, je connais pas mais très belle ville, vous voulez un dessert une boisson ?

Assis en tailleur sur mon lit, je lâche le tacos arrivé à sa moitié, c'est de loin ce que j'ai mangé de plus dégueulasse en une semaine à Paris, j'ai l'impression d'avaler une barre de protéines de synthèse avec son emballage, prostré au fond d'un bunker des mois après un bombardement atomique, et j'éprouve la nostalgie du survivant qui se rappelle le bon temps où on mangeait des trucs qui un jour avaient été vivants. Le score du match a explosé à la télé. On approche des 1500 arrestations, des centaines de gardes à vue, on ne compte plus les blessés, même des journalistes du Parisien se sont fait fumer, c'est dire. Je sature d'images, je sature de conneries, je sature de déni et du mépris des défenseurs du pouvoir qui défilent dans les studios, je sature du chant des sirènes. Je sature d'un manque que je n'arrive pas à combler, ni par la bouffe, ni par les bières. A bout de perplexité, je finis par tout éteindre. Je me cale Alien IV dans l'ordi, mon gros casque fermé sur les feuilles pour ne plus entendre ces saloperies de sirènes. Tandis que Ripley se fait cloner et retirer la bête du bide, je cherche le nom de ce que qui est en train de se passer dehors, je cherche un mot, une périphrase, je trouve pas ou je préfère me dire que je me trompe de lexique. J'ai du m'endormir juste après la partie de basket, une Duvel à peine entamée sur la table de chevet.

Les écrans resteront fermés ce matin. J'ai pas besoin de stress supplémentaire. C'est la dernière cette après midi, c'est blindé avec les reports de l'annulation d'hier. J'ai ma caisse à récupérer au parking, mon sac à faire, faut que je me taille la barbe, j'ai cinq heures de route derrière, un covoiturage à assurer. On dirait plus la même ville. J'ai l'impression d'avoir rêvé. Tout à repris sa place, les débris de verre des vitrines sont balayés, des scooters relevés, le contreplaqué a remplacé certaines vitres mais sinon tout est redevenu comme avant. Je me casse le nez sur la grille du théâtre. Il doit être un peu tôt. Deux femmes se prennent aussi un vent, elles voulaient voir l'expo sur l'avortement. On parle. Un couple, une instit' et une toubib. Chouettes filles, qui bossent dans des assos d'aides aux migrants, pas blasées pour un sou, en une demie heure le monde dans son ensemble est refait à neuf. Le gardien finit par arriver et je m’engouffre dans le noir.

Je connais peu d'endroits qui me rassurent autant qu'une salle de spectacle. Il règne ce qu'il faut de calme, de douceur, de silence, pour que je m'y apaise en quelques instants. Même quand les rapports humains, et dans ce boulot, ça fait partie du jeu, sont précaires et/ou difficiles. Même quand le trac bouffe le plexus. Les soirs de première, quand le tour est joué, et que ça bavasse autour du vin blanc, j'aime rester seul sur le plateau avec le reste de la chaleur de ce qui vient de s'y passer. Seul sur scène et soi même pour seul public, le théâtre de l'apocalypse. Ça me va bien. Je ne sais pas si c'est l'âge ou l'âge, mais j'éprouve de moins en moins ce besoin qu'on me regarde. j'ai bien plus envie qu'on me lise ou qu'on m'écoute, c'est encore plus prétentieux. Et puis je ne me suis jamais aimé en photo. Kevin me pousse un peu fort dans les cagettes dans le deuxième acte, elles volent dans les latéraux, entre deux mouvements j'ai dix secondes pour les enlever en improvisant une scène pour éviter l'incendie. Je fais mine de chercher quelque chose, ma veste, mon archet. Le régisseur plateau était prêt à y aller mais il attendait que la lumière baisse. Ça aurait fait une jolie grillade. Mais c'est une bonne représentation ce soir. On est électriques. Ça aide bien pour cette pièce toute en tension. On n'a parlé que de ça aux raccords, les techniciens dans le lot, si y'a bien un milieu très à gauche, c'est bien dans le spectacle vivant, du moins, chez les tacherons. J'en connais bien des directeurs de scènes nationales qui te foutraient tout ça en cabane.

Mon bordel plié et chargé, je bois un coup en attendant mon covoiturage. Une danseuse habituée du lieu vient me poser deux trois questions sur la pièce et rapidement la discussion tourne vers les gilets jaunes. Elle pense qu'ils devraient cesser leur cirque, elle pense qu'ils devraient s’appeler plutôt les couverts jaunes et commencer par arrêter de bouffer de la merde, qu'ils devraient chercher à s'élever spirituellement d'abord plutôt que de s'attacher à de basses considérations matérielles. Je lui demande si elle a des gosses. Non. Je rentre au chaud avant de devenir désagréable.

 On sort de Paris les doigts dans le nez. Pas un bouchon, rien. On pourrait danser au milieu du périphérique. Les flics ont vraiment bien bossé. Ma passagère est une jeune agricultrice du sud de la Haute Vienne. Elle et ses potes ingénieurs agronomes ont monté une ferme collective. Ils ont mutualisé les moyens, les profits et les pertes en diversifiant leurs productions, ainsi, les bonnes années des uns compensent les mauvaises des autres et chacun touche un salaire fixe et égal, peut même prendre des vacances, se construire sa baraque. Tandis que Paris n'est plus qu'une tâche de lumières dans mes rétroviseurs, qui s'éteint doucement, je l'écoute avec envie me décrire leur vie, me délimiter leur marge. J'ai la sensation de descendre du train après avoir fait le voyage accroché dehors à l'avant de la locomotive, j'ai besoin que le paysage s'arrête de bouger, d'un arrêt sur image. Tiens, ils font du bio maintenant chez Dauna.























vendredi 6 avril 2018

J'aurai voulu te dire je t'aime.

Ce matin, lors d'une de mes nombreuses pauses que je m'autorise quand je me cuis le cul seul derrière mon bureau à tenter vainement de créer quelque chose, j'enclenche Twitter pour me rassurer sur le mauvais état du monde. Tout va encore mal. Ouf. Je vais bourrer ma cafetière italienne, la pose sur le gaz, et le temps de me rouler une sèche, le nectar crépite dans le duralumin. Je retourne à mon siège, et comme de rituel, je regarde les derniers tweets apparus pendant mon absence de trois minutes, on ne sait jamais, j'aurais pu passer à coté de quelque événement capital et indispensable à nourrir mon anxiété. J'ai une tendance paranoïaque à imaginer le pire, peut être une défense pour ne me réserver que des bonnes surprises. Mais j'ai aussi le talent de ne jamais m'imaginer pouvoir être cueilli par l’inattendu.

Le premier tweet à s'offrir à mon regard pendant que je tâte des lèvres la température de mon café est une dépêche de l'AFP. Higelin est mort. "Ah merde." me dis je, tout simplement, sans plus d'émotion que cela. Dix minutes plus tard, je me rend compte que je suis totalement paralysé devant mes écrans, la main morte sur la souris. Mes yeux me piquent, je les plisse, un flot de larmes ruisselle sur mes joues.

Higelin est un paysage de mon enfance. Comme pour de nombreux humains de ma génération. Nos parents l'écoutaient, ses chansons ont rythmées nos fêtes, nous en chantions les textes sans les comprendre ni en saisir la poésie. Mais ce n'est pas cette nostalgie là qui me fait pleurer, comme un môme pourtant. C'est que me rejaillit en pleine gueule une sale tranche de ma vie.

 Je crois que ma première véritable dépression date de la fin de mon adolescence. Pas encore majeur, empêtré dans un premier amour destructeur, ne trouvant aucun repère constructif dans un monde qui je trouvais déjà d'une absurdité totale, je flirtais avec le morbide et la défonce, je démissionnais petit à petit de la vie. Je ne sais plus par quel hasard, une nuit que je tournais en rond autour de mon nombril douloureux, j'allumais la radio et tombait par hasard sur une petite antenne locale qui à cette époque, diffusait en boucle nocturne l'intégralité de l'album "Tombé du ciel.". Je crois bien l'avoir écouté trois fois d'affilé, tellement le mélange de joie et de tristesse m'avait saisi, tellement le soulagement qu'il me procurait était colossal, tellement je me retrouvais dans ces mots. Le lendemain je piquais du blé à ma mère pour aller l'acheter en cassette. Il n'a pas du quitter mon walkman pendant des semaines.

Si je pleure autant aujourd'hui, c'est parce que ce disque, et Jacques par conséquent, m'ont sauvé la vie.

Si je pleure aujourd'hui, c'est parce qu'à chaque fois que j'ai eu l'occasion d'aller le voir en concert, je n'y suis pas allé, trouvant toujours mieux à faire, estimant que il y aurait d'autres occasions. Mais maintenant il n'y en aura plus. Jamais.

Si je te pleure aujourd'hui, c'est que j'aurais voulu te dire je t'aime, et je peux t'expliquer pourquoi, je ressens tellement de peine, quand tes mots s'installent en moi. Quand la solitude me pèse, je peux toujours compter sur toi, pardonne moi, j'ai oublié, que tu faisais parti de moi.


mardi 20 mars 2018

Un matin merdeveilleux.

Nous avons tous notre lot de journées qui démarrent mal. Marcher au réveil dans le dégueulis du chat et sentir la vomissure encore chaude remonter entre les orteils nus et encore engourdis fait parti des signes dont on se dit qu'ils annoncent une belle journée de merde.

Et hier matin, les signes ressemblaient à une annonce du retour des chevaliers de l'apocalypse. Ma compagne  n'était pas partie depuis cinq minutes pour aller bosser qu'elle appelle à la maison pour me dire qu'elle a crevé un pneu. Comme elle est en essai pour un nouveau job, et qu'il vaut mieux éviter dans ce cas d'être à la bourre, je lui dis que j'arrive avec l'autre bagnole. Je sur-presse ma gamine pour qu'elle s'attife en vitesse et je la colle dans la tire avec son petit déj. Let's go, allons sauver maman.

On procède à l'échange des voitures et je me lance dans le changement de la roue. Il est 8h00. L'école commence dans quarante minutes. Je sors le cric, monte la bagnole, mais impossible de foutre la main sur la clé de déboulonnage. Coincé en rase campagne, je me résous à redescendre chez moi en roulant sur la jante à 10 km/h..

Pendant le trajet interminable et particulièrement honteux lors de la traversée du bourg, sous le regard médusé des habitants qui me considèrent déjà sans ça comme un phénomène de foire, je me fais monter tout seul en ruminant dans ma barbe, une colère bouillante. A tous les coups, je vais niquer ma jante, je vais pas remettre la main sur la clé, on va être à la bourre à l'école, je vais encore passer pour un père irresponsable, et puis je vais en chier comme un salaud à sortir cette roue de son axe comme la dernière fois où elle était collé au disque de frein, et je vais me niquer les mains, et en plus ça caille, je vais me dégueulasser, je vais être trop énervé pour me mettre au boulot etc... Auto pression.

Au bord de l'AVC, à deux cent mètres de chez moi, ma fille m'interpelle.

-Oh regarde papa !

Je tourne la tête, et je découvre, sidéré, à une cinquantaine de mètres de nous, dans le pré, des dizaines de grues posées sur une mare éphémère due au débordement de la rivière. Des dizaines, blanches comme la neige, étincelantes au milieu du vert herbacé encore un peu sombre de ce proto-printemps, sublimées en contrastes par la lumière finissante de l'aube. Je stoppai délicatement la voiture. Nous pûmes les observer près d'une minute, bouches bées, jusqu'à ce qu'elle décident que nous en avions assez vu, et qu'elles s'envolent en collège. Sauf une, qui traîna encore quelques secondes.

-Elle a pas bien dormi je pense, me dit ma fille. Elle a envie de rester un petit peu encore.

Et moi donc.

Dans leur envol, elle emportèrent ma colère. Je redémarrai avec le sourire, détendu comme si je sortais du hammam. Arrivé chez moi, je retrouvai la clé de déboulonnage qui avait glissé sous un siège, la roue sortit toute seule comme si on l'avait beurrée la veille, je me salis à peine les mains. Et à 8h39, ma fille rentra dans la cour de l'école.

Ils ont bon dos les anars.

Je suis anarchiste. Quel scoop. Non seulement je le revendique, mais j'en suis fier. J'estime, que ces idées et leurs enfants, dont le situationnisme, sont ce qu'il reste de plus neuf et de plus avancé en réflexion politique. Et ceux qui le nient n'ont jamais cherché à comprendre la nature de ces pensées, car il s'agit bien là de cela, d'une pluralité, et non, comme on voudrait le faire croire, à un courant. Les anarchistes n'existent pas. Il existe DES anarchistes. C'est certainement cela qui est inconcevable pour ceux qui attendent désespérément un messie, qu'il vienne du ciel ou de la terre.

Je passerai sur le comment en un peu plus d'un siècle, on a en permanence utilisé pour définir l'insécurité sociale le terme "anarchie", déformant ainsi le sens du mot et de ses espoirs, pour en faire dans l'opinion publique, par magie, l'exact inverse de ce qu'il est. Ou comment aujourd'hui, dans l'imagier d’Épinal, l'anarchiste est représenté comme un jeune casseur cagoulé tout de noir vêtu qui n'a rien d'autre que la haine à proposer.

Que cela soit bien clair. La seule mouvance politique qui puisse se vanter, dans toute l'histoire de l'humanité, de n'être responsable d'aucune tuerie de masse, d'aucun génocide, d'aucune oppression, c'est l'anarchisme. En revanche, les anarchistes, et si l'on se cantonne uniquement au vingtième siècle pour faire court, ont été systématiquement persécutés, massacrés, déportés, emprisonnés et ce par toutes les sortes de pouvoirs. Aujourd'hui encore, ils sont une des cibles préférées des libéraux qui tentent et réussissent à les faire passer pour le pendant marxiste de Daech.

Les anarchistes sont des utopistes. Cette phrase, cet argument de merde déployé comme l'arme ultime de discrédit, prouve à quel point la pensée politique est vue par la majorité aujourd'hui comme un discours de réel, ou attendu et entendu comme tel. Il y a de quoi pisser de rire quant on observe la politique contemporaine, dispensée à coups de légendes économiques, de mensonges, de manipulations d'opinion, ne répondant qu'à une seule réalité, celle des détenteurs du pouvoir. Comme si l'utopie était devenue quelque chose de vulgaire, de sale. Comme si Marx ou Adam Smith n'étaient pas en leur temps des utopistes. Comme si lorsque l'humanité avait avancé ce n'était pas grâce aux rêves, aux espoirs, aux projections, aux désirs profonds et conscients. Comme si le réel n'était plus aujourd'hui que la seule base valable de pensée. Comme si fallait brûler tous les livres. Une utopie qui a vécu sans être nommée près de deux siècles en Islande en plein moyen âge. Une utopie ouais.

J'emmerde le réel. Je le conchie. Je lui pisse à la raie. Je le refuse et ce faisant, je m'inscris dans la lutte. Pas une lutte de rue, pas une lutte de barricade, je n'en ai pas les couilles, mais d'abord, et cela me semble tellement déjà, une lutte contre moi même. Contre ma réalité. Contre mes besoins qui assouvis entraînent la mort des autres. Contre mes réflexes égoïstes de confort. S'attacher au réel, c'est faire crever en nous toute forme d'espoir. Le réel, c'est'une hyène qui se nourrit des charognes de ses frères, sans état d'âme.

J'emmerde le réel car il me pousse au repli, à ne considérer que ma petite personne, parce que le réel est de droite. Admettre le réel c'est se résigner. C'est conserver, vénérer la permanence, nier l'entropie de la matière, et paradoxalement, c'est nier également la mort, et par conséquent la vie dans ce qu'elle a de plus précieux. Sa brièveté. Il est d'ailleurs très amusant d'observer que les grenouilles de bénitier ou les créationnistes font sans arrêt appel au réel quant il s'agit de faire brûler les pédés. Amusant aussi d'entendre proférer cet attachement au réel de ceux qui consomment de la technologie manufacturée  par des enfants dans des pays du tiers monde mais qui nient en permanence l'impact social de nos modes de consommation. Au nom du réel, je vote Macron, mais mon Iphone n'est pas souillé de sang infantile.

Les anarchistes sont partout et nulle part. Nulle part car ils ne se réclament de rien si ce n'est de la fraternité et qu'elle ne supporte aucun drapeau, partout car le désir d'auto-gestion, de maîtriser leur propre vie les pousse à intervenir dans de multiples secteurs, à s'impliquer socialement et collectivement. Collectifs d'aide aux réfugiés, soupes populaires, association humanitaires, maraudes, coopératives agricoles éco-responsables, luttes anti fascistes, cours du soir, etc... Vraiment des salauds. Et par dessus le marché, de façon anonyme, ce qui les rend encore plus suspects, ne pas vouloir tirer de la gloire de son empathie va finir par devenir un crime, comme l'est déjà la solidarité..

Alors non, les anars, ils votent pas. Ils n'en ont rien à secouer de ce simulacre de consultation dont de toute manière les résultats sont méprisés, biaisés et manipulés, et on le leur reproche bien assez. Non ils ne votent pas. Ils agissent. Ils organisent, se responsabilisent. Ils sont, chacun, individuellement, des micros sociétés qu'ils fédèrent dans l'action. Loin des médias, près des hommes, ils attendent, patiemment dans l'ombre, que l'absurdité qu'est devenu notre monde se casse la gueule sous son propre poids pour laisser passer le vent et que les consciences s'éveillent à l'idée que la liberté, ça ne s'attend pas, ça se prend.