mardi 20 mars 2018

Un matin merdeveilleux.

Nous avons tous notre lot de journées qui démarrent mal. Marcher au réveil dans le dégueulis du chat et sentir la vomissure encore chaude remonter entre les orteils nus et encore engourdis fait parti des signes dont on se dit qu'ils annoncent une belle journée de merde.

Et hier matin, les signes ressemblaient à une annonce du retour des chevaliers de l'apocalypse. Ma compagne  n'était pas partie depuis cinq minutes pour aller bosser qu'elle appelle à la maison pour me dire qu'elle a crevé un pneu. Comme elle est en essai pour un nouveau job, et qu'il vaut mieux éviter dans ce cas d'être à la bourre, je lui dis que j'arrive avec l'autre bagnole. Je sur-presse ma gamine pour qu'elle s'attife en vitesse et je la colle dans la tire avec son petit déj. Let's go, allons sauver maman.

On procède à l'échange des voitures et je me lance dans le changement de la roue. Il est 8h00. L'école commence dans quarante minutes. Je sors le cric, monte la bagnole, mais impossible de foutre la main sur la clé de déboulonnage. Coincé en rase campagne, je me résous à redescendre chez moi en roulant sur la jante à 10 km/h..

Pendant le trajet interminable et particulièrement honteux lors de la traversée du bourg, sous le regard médusé des habitants qui me considèrent déjà sans ça comme un phénomène de foire, je me fais monter tout seul en ruminant dans ma barbe, une colère bouillante. A tous les coups, je vais niquer ma jante, je vais pas remettre la main sur la clé, on va être à la bourre à l'école, je vais encore passer pour un père irresponsable, et puis je vais en chier comme un salaud à sortir cette roue de son axe comme la dernière fois où elle était collé au disque de frein, et je vais me niquer les mains, et en plus ça caille, je vais me dégueulasser, je vais être trop énervé pour me mettre au boulot etc... Auto pression.

Au bord de l'AVC, à deux cent mètres de chez moi, ma fille m'interpelle.

-Oh regarde papa !

Je tourne la tête, et je découvre, sidéré, à une cinquantaine de mètres de nous, dans le pré, des dizaines de grues posées sur une mare éphémère due au débordement de la rivière. Des dizaines, blanches comme la neige, étincelantes au milieu du vert herbacé encore un peu sombre de ce proto-printemps, sublimées en contrastes par la lumière finissante de l'aube. Je stoppai délicatement la voiture. Nous pûmes les observer près d'une minute, bouches bées, jusqu'à ce qu'elle décident que nous en avions assez vu, et qu'elles s'envolent en collège. Sauf une, qui traîna encore quelques secondes.

-Elle a pas bien dormi je pense, me dit ma fille. Elle a envie de rester un petit peu encore.

Et moi donc.

Dans leur envol, elle emportèrent ma colère. Je redémarrai avec le sourire, détendu comme si je sortais du hammam. Arrivé chez moi, je retrouvai la clé de déboulonnage qui avait glissé sous un siège, la roue sortit toute seule comme si on l'avait beurrée la veille, je me salis à peine les mains. Et à 8h39, ma fille rentra dans la cour de l'école.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire