mercredi 12 décembre 2018

Un cachet pour des pavés.


Il en faut des putains de hasards pour que je me retrouve à Paris pendant la "crise" (sic) des gilets jaunes, à jouer dans un théâtre situé place des Brigades Internationales d'où partirent de nombreux volontaires pour aller la mettre à Franco. On sait ce qu'il advint d'eux. On sait le prix à payer contre le fascisme. On le sait mais aujourd'hui on trouve qu'il pèse peau de zob face à la merveille de civilisation consumériste dans laquelle nous nous vautrons au prix de génocides à l'autre bout de la planète. Nous sommes des bœufs à œillères focalisés sur notre mangeoire, merde, pourvu que l'avoine soit bio, j'ai des problèmes de selles en ce moment ce monde me stresse.

La paupérisation te saute à la gueule à Paris. Dans les villes de province, ils ont réussi ce tour de force de cleaner les centres villes de leurs clodos, de leurs punks à chiens, de leur prolos, de leur galériens, cantonnés aux périphéries par la ghettoïsation économique. T'as le RSA t'as rien à foutre à aller faire tes courses à Monoprix, reste à coté de ton Lidl pauvre con tu fais tâche devant la vitrine de Zara. Mais à Paris, même, y'en a trop au mètre carré du pauvre, y'a pas assez de flics pour les virer, et si ça dégueule le paria sur les Champs, c'est que la banlieue est déjà pleine à craquer, que tous les ponts sont pris, les squats saturés, les bidonvilles engorgés.

La représentation de samedi est annulée. Le théâtre a été cordialement sommé de fermer. Il est entouré de librairies coraniques, on est dans un quartier très musulman, une mosquée en face, faudrait pas que les bougnoules s'en mêlent, et on va quand même pas leur offrir un refuge au cas où ils se feraient courser par des fafs. Chacun sa merde. Ce sera donc une journée off pour moi, je vais pouvoir taper la grasse mat dans mon joli petit hôtel bien confortable, payé malgré tout, merci les assurances.

Après avoir copieusement déjeuné défrayé dans la brasserie au coin de ma rue, je me dirige vers République en traînant la patte, tout heureux de pouvoir enfin observer de mes propres yeux sans le filtre des médias ces fameux sécessionnistes, ces girondins, ces jacobins, ces chouans, ces nazis, ces blacks blocks, ces zapatistes, ces guérilleros du béton. Quelques heures offertes par la collectivité et mon employeur à me prendre pour Lévi-Strauss. Les sirènes gueulent partout dans le lointain, des cars, des bagnoles, des flics, des pompiers passent dans tous les sens toutes les trente secondes. Ça doit être un exercice. J'ai regardé BFM avant de partir ils disaient que tout allait bien. Sur le chemin, finissent par apparaître quelques gilets disséminés, qui cherchent leur route dans un Paris que je connais mieux qu'eux, moi qui m'y colle les semelles aux chaussettes tous les cinq ans seulement, en gros. Des jeunes, des vieux, des moyens, par deux ou trois, qui essayent de converger sans savoir où c'est le mieux, où c'est le moins dangereux. Y'a une trouille qui plane. Sur la place, quelques dizaines de points jaunes de ci de là, qui cassent la croûte par petit groupes, et derrière de la statue de Morice, une cinquantaine d’exilés du Togo qui manifestent en cercle au son du reggae pour réclamer le départ de Gnassingbé, font l'attraction du moment. Un hélico passe et repasse, en le suivant du regard j'aperçois un flic posté sur le toit de la caserne de la garde républicaine, qui filme la foule. Ca ne sent même pas la lacrymo. La vraie fête est ailleurs. Je fais le tour de l'enceinte en fumant une clope pour prendre le temps de me décider sur la direction à suivre. Le choix sera vite fait.  Je n'ai pas envie de me faire contrôler, je n'ai pas envie de me faire fouiller. Tous les accès vers le sud sont filtrés. Il n'y a que le boulevard St Martin qui n'est pas entravé en partie par les CRS. Et pour cause. La minute d'après, dans un fade in urbain apocalyptique, précédé des sirènes d'une quinzaine de cars, monte un grondement inconnu pour le P4 que je suis. Je me tourne et assiste effaré au passage des blindés que tout le monde verra à la téloche. Le timbre des moteurs à lui seul est terrifiant. Le son et l'inertie de ces tonnes d'acier poussés par des centaines de chevaux, en pleine ville, en pleine journée, sonne comme le tocsin, j'ai envie de rentrer. Ça fait pas comme au cinéma. A leur passage, la foule se met à hurler et alors qu'ils s'éloignent, une moitié sombre dans l'effarement et le désespoir, n'arrivent pas à y croire, qu'on en soit arrivé là, l'autre moitié commence à vomir sa rage. Quelques électrons s'engagent derrière le convoi en direction de Strasbourg St Denis, je décide de suivre de loin. De plus en plus de monde. Un groupe d'une centaine de personnes remonte le boulevard en gueulant. Parmi les voitures qu'ils bloquent, un petit convoi de noces. Tous les manifestants de mettent à chanter vive les mariés sur la mélodie d'on est les champions.

Porte St Martin. Ça commence à piquer un peu les yeux. Le vent doit certainement ramener des effluves depuis les Champs Elysées vu qu'il n'y a que là bas que ça pète y parait. Ils avaient prévenus qu'il y aurait du vent. Les flics sont partout, ça me stresse, du coup j'ai faim, je fais demi tour et de toute manière tout le monde semble faire comme moi. Je croise un, deux, trois mecs de la BAC, qui descendent d'un pas viril dans la direction opposée, cache col remonté par dessus le nez, bonnet vissé profond. Y'a quelque chose qui pue, je sais pas dans quoi j'ai marché. Au bout du boulevard, collé à un mur, un sdf que j'avais pas vu à l'aller. Il s'est enroulé dans un bâche tellement pourrie que c'est à se demander si ce n'est pas seulement un choix esthétique tant sa fonction d'isolation est compromise par sa vétusté. Les pauvres ont bien droit à leurs petites coquetteries. Il y a trois, voire quatre fois plus de monde sur la place qu'une demie heure auparavant. Des gilets jaunes discutent avec les togolais, des vendeurs de brochettes se sont installés. Ca va pas m'aider ces effluves de grillades. Une plaque plantée au bas d'un platane célèbre la mémoire de trois jeunes tués ici la veille de la libération. J'ai envie de chialer, je sais pas pourquoi. Je me pose pour me couper l'angoisse à grandes taffes de blondes quand un groupe de jeunes essoufflés se pose à coté de moi, ils puent la gazeuse. Ils me racontent qu'ils étaient au début à St Lazare ils pensent, ils sont de Tours, ils se sont fait charger par la police montée, refoulés ils ne savent pas où, coincés, gazés, lattés, l'un deux me montre les traces des coups de matraque sur ses bras qu'il a pris en fuyant. On s'est fait défoncer. Texto. On se croirait à Notre Dame des Landes. Vingt cinq ans et déjà des vétérans les mecs. Putain.  Je vais me chercher un burger, et je leur ramène un peu de flotte.

Ça se densifie. En milieu d'après midi, les refoulés du 1er et du 16ème se rassemblent au calme sur la place. Ca cause, sec, c'est vénère, ça chiale dru, ils ont peur. Tout le monde a eu droit à sa petite dose de répression, à sa petite frayeur, un peu partout dans la ville. Les champs sont totalement verrouillés il paraît, un putain de piège. Des flics en civils tournent partout autour de la place, rôdent dans les passages et les petites rues. L'hélico passe plus souvent, y'en a deux des flics sur les toits maintenant, mais elle est bizarre sa caméra à l'autre là. Une petite délégation de la CNT, drapeaux et autocollants, s'enquille une série de brochettes, ils ont l'air rincés, mais ils sourient tous quand même, ils ont l'air heureux d'être ensembles. Le tour de la statue est piqueté de panneaux jaunes, imprimés de hastags, #macrondemission #fachéspasfachos #pastoucheauxretraites, genre. Je cherche désespérément une tête connue dans la foule, je dois bien avoir un pote qui traîne, j'ai pas envie de rester tout seul, mais j'ai pas envie de faire connaissance, j'ai envie qu'on me rassure tout de suite, j'ai envie de nems. Y'a un thaï à coté de mon hôtel. Je rentre. Sur mon chemin une petite librairie me fait envie, je ressors avec un Volodine et un Despentes, ça sera parfait avec un thé à la menthe après les nems. Un long cortège de manifestants défile, descendant d'Oberkampf, vers République, ils sont nombreux, vraiment nombreux, la place va commencer à être blindée.

Le thaï était fermé, frustré je suis remonté à ma piaule direct. J'ai sommeil. J'ouvre malgré tout et la téloche et les réseaux sociaux pour jauger de la situation médiatique avant de pioncer. A cette heure là, je ne sais plus exactement à quel comptage on en était des arrestations "préventives". Sa mère la pute. On parle d'un dispositif mis en place pour intervenir contre de potentiels terroristes. Des centaines. Des centaines et des centaines de pauvres cons arbitrairement collés en GAV. Les chaînes de télévision se branlent sur les chiffres "exceptionnels", du jamais vu, exhibent fièrement le butin saisi, une faucille un marteau une batte de base dans la même image sur BFM, j'ai failli faire un AVC, trois bouteilles d'acide. Les spécialistes de mes couilles s'enfilent à la queue leu leu sur les plateaux pour débiter leurs analyses stratégiques à deux ronds et féliciter le pouvoir au passage pour sa remarquable gestion de la crise, oh quels progrès depuis la semaine dernière, des forces de l'ordre beaucoup plus offensives ce samedi, seulement trois blessés dans les rangs de la police, c'est remarquable, on te décrit comme dans Turbo les caractéristiques mécaniques des chars comme le dernier 4x4 de chez Chevrolet, et dans le même temps, j'ai twitter qui hurle, ça pète à Toulouse, ça pète à Bordeaux, ça pète à St Etienne, ça pète à Marseille, ça pète un peu partout dans Paris, ça pète ça crame ça chiale et ça tousse, une jeune vient de se faire éclater la gueule par un flashball, elle va surement perdre son oeil, les street meds relaient un nombre impressionnant de blessés déjà, quand je fini par me décider à tout éteindre et à ronquer. Le régisseur lumière du spectacle me propose par sms que je l'accompagne à République, je réfléchis un dixième de seconde avant de décliner.

Deux heures plus tard, le ronflement strident et sourd d'un hélico me réveille. Je mets du temps à capter qu'il est si près. Je le filme trente secondes, il semble chercher, il inspecte les rues de sa poursuite, la nuit est tombée pendant mon sommeil. Je me recouche, y'a quelque chose qui donne envie de dormir plusieurs mois d'affilés. C'est un concert de sirènes, permanent, qui traverse les fenêtres à méga vitrage, l'hélico sonne comme un ordi overclocké collé à mes oreilles à travers elles. Un quart d'heure après il n'a pas bougé que d'une centaine de mètres. J'allume les écrans. Télé. Le calme est revenu dans Paris, la situation est totalement sous contrôle, y'a bien une petite voiture qui crame sur un boulevard, histoire de choquer le bourgeois. Internet. La place la république est en train de se faire gazer, partout la BAC chasse les mecs isolés, il y a des émeutes un peu partout, une bande de centaines de casseurs se déplace sans entraves, Toulouse est en feu, Bordeaux aussi, St Etienne fume. Est ce que le thaï a ouvert ? Je ne le vois pas de ma fenêtre. L'hélico s'en va. Tout à l'air d'aller alors. Je sors de l’hôtel avec la ferme intention d'accumuler assez de calories pour tenir la nuit entière à suivre tout ça bien au chaud de mon plume, je suis dans un état de sidération qui risquerait de compromettre ma sécurité dans la foule. Je fais le tour de la place Fontaine Timbaud en hésitant burger falafels kebab thaï. Alors que j'ai fini par me décider pour le thaï, comme à chaque fois qu'il y a du thaï, des bruits de verres éclatés au loin, des cris, une rumeur, des gens qui marchent de plus en plus vite, certains qui courent. je n'ai même pas eu le temps d'arriver devant le resto que je vois, en haut de la rue des Trois Bornes, apparaître une nuée de types, au moins une centaine, qui descend vers la place en éclatant tout sur son passage. Les poubelles volent, ils montent sur les bagnoles, les rétroviseurs éclatent, les scooters les vélos les motos s'effondrent en gros dominos. Tous les bars et les restos rentrent leurs trois meubles et panneaux à l'arrache, les gens se barrent en courant, moi pareil. Le dernier commerçant à fermer, avec ses clients à l'intérieur, c'est le bar tabac. Les types sont à cinquante mètres quand il réussit à baisser son rideau de fer. Ca attire leur attention. Dans un élan collectif ultra-véloce, ils se jettent comme des dingues l'impact sonne comme un carambolage géant, mêlé à leurs cris de rage et pendant qu'ils s'affairent à forcer, je profite de l'occase pour sprinter jusqu'à l’hôtel. Le temps de monter à ma piaule et d'ouvrir la fenêtre, ils sont rentrés en tordant comme du beurre les rideaux de fer, ils défoncent tout et tout le monde à l'intérieur. Je filme. Maintenant je me dis que j'aurais mérité de lâcher mon téléphone pour qu'il s'éclate de quatre étages. C'est fou ce qu'internet nous a collé comme réflexes de merde. En une minute ils ont tout pillé et repartent. J'ai faim comme si j'avais pas mangé depuis Noël dernier.

Le resto de pâtes à emporter s'est fait éclater ses fenêtres. Les deux vieux qui tiennent la boutique ramassent les éclats de verre au milieu des boites de pizza et des tables. Désolé monsieur mais on est fermé. Tu m'étonnes. Presque tout a fermé, sauf un minuscule tacos. Trois viandes supplément cheddar et une barquette de frites en plus sauce samouraï. Oui oui j'ai très faim, non je suis pas de là, de Limoges, ah oui Limoges, très belle ville, je connais pas mais très belle ville, vous voulez un dessert une boisson ?

Assis en tailleur sur mon lit, je lâche le tacos arrivé à sa moitié, c'est de loin ce que j'ai mangé de plus dégueulasse en une semaine à Paris, j'ai l'impression d'avaler une barre de protéines de synthèse avec son emballage, prostré au fond d'un bunker des mois après un bombardement atomique, et j'éprouve la nostalgie du survivant qui se rappelle le bon temps où on mangeait des trucs qui un jour avaient été vivants. Le score du match a explosé à la télé. On approche des 1500 arrestations, des centaines de gardes à vue, on ne compte plus les blessés, même des journalistes du Parisien se sont fait fumer, c'est dire. Je sature d'images, je sature de conneries, je sature de déni et du mépris des défenseurs du pouvoir qui défilent dans les studios, je sature du chant des sirènes. Je sature d'un manque que je n'arrive pas à combler, ni par la bouffe, ni par les bières. A bout de perplexité, je finis par tout éteindre. Je me cale Alien IV dans l'ordi, mon gros casque fermé sur les feuilles pour ne plus entendre ces saloperies de sirènes. Tandis que Ripley se fait cloner et retirer la bête du bide, je cherche le nom de ce que qui est en train de se passer dehors, je cherche un mot, une périphrase, je trouve pas ou je préfère me dire que je me trompe de lexique. J'ai du m'endormir juste après la partie de basket, une Duvel à peine entamée sur la table de chevet.

Les écrans resteront fermés ce matin. J'ai pas besoin de stress supplémentaire. C'est la dernière cette après midi, c'est blindé avec les reports de l'annulation d'hier. J'ai ma caisse à récupérer au parking, mon sac à faire, faut que je me taille la barbe, j'ai cinq heures de route derrière, un covoiturage à assurer. On dirait plus la même ville. J'ai l'impression d'avoir rêvé. Tout à repris sa place, les débris de verre des vitrines sont balayés, des scooters relevés, le contreplaqué a remplacé certaines vitres mais sinon tout est redevenu comme avant. Je me casse le nez sur la grille du théâtre. Il doit être un peu tôt. Deux femmes se prennent aussi un vent, elles voulaient voir l'expo sur l'avortement. On parle. Un couple, une instit' et une toubib. Chouettes filles, qui bossent dans des assos d'aides aux migrants, pas blasées pour un sou, en une demie heure le monde dans son ensemble est refait à neuf. Le gardien finit par arriver et je m’engouffre dans le noir.

Je connais peu d'endroits qui me rassurent autant qu'une salle de spectacle. Il règne ce qu'il faut de calme, de douceur, de silence, pour que je m'y apaise en quelques instants. Même quand les rapports humains, et dans ce boulot, ça fait partie du jeu, sont précaires et/ou difficiles. Même quand le trac bouffe le plexus. Les soirs de première, quand le tour est joué, et que ça bavasse autour du vin blanc, j'aime rester seul sur le plateau avec le reste de la chaleur de ce qui vient de s'y passer. Seul sur scène et soi même pour seul public, le théâtre de l'apocalypse. Ça me va bien. Je ne sais pas si c'est l'âge ou l'âge, mais j'éprouve de moins en moins ce besoin qu'on me regarde. j'ai bien plus envie qu'on me lise ou qu'on m'écoute, c'est encore plus prétentieux. Et puis je ne me suis jamais aimé en photo. Kevin me pousse un peu fort dans les cagettes dans le deuxième acte, elles volent dans les latéraux, entre deux mouvements j'ai dix secondes pour les enlever en improvisant une scène pour éviter l'incendie. Je fais mine de chercher quelque chose, ma veste, mon archet. Le régisseur plateau était prêt à y aller mais il attendait que la lumière baisse. Ça aurait fait une jolie grillade. Mais c'est une bonne représentation ce soir. On est électriques. Ça aide bien pour cette pièce toute en tension. On n'a parlé que de ça aux raccords, les techniciens dans le lot, si y'a bien un milieu très à gauche, c'est bien dans le spectacle vivant, du moins, chez les tacherons. J'en connais bien des directeurs de scènes nationales qui te foutraient tout ça en cabane.

Mon bordel plié et chargé, je bois un coup en attendant mon covoiturage. Une danseuse habituée du lieu vient me poser deux trois questions sur la pièce et rapidement la discussion tourne vers les gilets jaunes. Elle pense qu'ils devraient cesser leur cirque, elle pense qu'ils devraient s’appeler plutôt les couverts jaunes et commencer par arrêter de bouffer de la merde, qu'ils devraient chercher à s'élever spirituellement d'abord plutôt que de s'attacher à de basses considérations matérielles. Je lui demande si elle a des gosses. Non. Je rentre au chaud avant de devenir désagréable.

 On sort de Paris les doigts dans le nez. Pas un bouchon, rien. On pourrait danser au milieu du périphérique. Les flics ont vraiment bien bossé. Ma passagère est une jeune agricultrice du sud de la Haute Vienne. Elle et ses potes ingénieurs agronomes ont monté une ferme collective. Ils ont mutualisé les moyens, les profits et les pertes en diversifiant leurs productions, ainsi, les bonnes années des uns compensent les mauvaises des autres et chacun touche un salaire fixe et égal, peut même prendre des vacances, se construire sa baraque. Tandis que Paris n'est plus qu'une tâche de lumières dans mes rétroviseurs, qui s'éteint doucement, je l'écoute avec envie me décrire leur vie, me délimiter leur marge. J'ai la sensation de descendre du train après avoir fait le voyage accroché dehors à l'avant de la locomotive, j'ai besoin que le paysage s'arrête de bouger, d'un arrêt sur image. Tiens, ils font du bio maintenant chez Dauna.























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