"T'es parano."
"Ça c'est ton coté conspi."
"T'exagères toujours tout."
Je dois être dingue donc. Du moins c'est ce que l'on essayé de me faire avaler depuis des années dès que j'ouvrais ma gueule à propos de la dérive fasciste qui a pris le pays depuis les années Chirac disons, c'est à dire quand j'ai réellement commencé à me constituer une pensée politique, empirique dans les premiers temps. Il s'en est passé des années avant que j'ouvre un bouquin sur le sujet. Mais je reste toujours plus attaché à ce que je vois pour comprendre qu'à ce que je lis. C'est peut être une connerie, j'en sais rien.
Cette nuit, la plus terrifiante des lois est passée comme une lettre à la poste dans le silence nocturne d'un parlement désert. Désormais, un préfet pourra quand il le souhaite, sans avoir de comptes ou presque à rendre, interdire sans aucune forme de procès, de manifester. Du PS au RN, tout le monde en rêvait, Macron l'a fait, dans l'indifférence quasi générale. Peu importe qui sera au pouvoir demain, il a désormais les moyens légaux de museler toute forme d'opposition, de contestation. Un préfet n'est pas un élu, n'est pas un représentant du peuple. Il est directement nommé par l’exécutif. Le jour où l'extrême droite prendrait le pouvoir, on pourrait déjà esquisser le tableau et choisir les couleurs de la palette. Des couleurs chaudes. Du jamais vu, depuis Bonaparte.
La liberté de manifestation découle de la liberté de réunion, inscrite dans la loi en 1907, jamais remise en cause depuis, sauf en temps de guerre. Sauf en temps de guerre. Dès lors que l'on touche à un de ses dérivés, cette loi n'a plus aucun sens et il n'y a plus qu'un pas à franchir pour en revenir à l'époque où il fallait déclarer aux autorités la moindre réunion privée sous peine d'emprisonnement. De là découle donc aussi la liberté d'expression, de circulation. Je ne vais pas spéculer sur ce qui peut maintenant arriver, vous voyez très bien où je veux en venir.
Il ne s'agit plus seulement des Gilets Jaunes. Combien de luttes sociales vont se faire écraser grâce à ce dispositif ? Quand surviendra un nouveau Mittal, un nouveau Goodyear, un nouveau 1995, un nouveau 68, un nouveau Front Populaire, le pouvoir n'aura même plus à simuler des négociations. On interdira. Point barre. Que vont devenir les postiers en lutte ? Je prend dès aujourd'hui les paris. Et ceux qui l'ouvreront quand même finiront en taule. Car tel est notre projet. Voilà en fin de compte quel était le but inavoué de Macron et sa clique en attisant toujours plus fort la haine. En taule les opposants.
Création d'un délit de dissimulation du visage. Quant les manifestants se font défoncer par des flics cagoulés sans matricules, ça pourrait prêter à rire, mais je n'ai plus que des larmes. Merci de décliner votre identité avant de vous faire assassiner, on ne veut plus de soldat inconnu. Les médias mainstream sont d'un silence effarant, le retour de djihadistes sur le sol national et le Venezuela prenant toutes les unes. On la connait la salade, elle est pas fraîche, mais on la bouffe quand même.
Demain, en vertu d'une merveilleuse loi encore, les prix de l'alimentaire vont augmenter en moyenne de 6%. Signal envoyé à ceux qui crèvent la dalle qu'on les a bien entendus, mais qu'on s'en bat les couilles. L'électricité et le gaz vont suivre, et mécaniquement le pétrole. Les Gilets Jaunes qui hurlent leur désespoir se font encore amputer d'un ou deux jour de pâtes à l'huile, pire, on leur crache à la gueule en leur disant que c'est nourrissant et bon pour la peau. La loi anti manif passe la veille en urgence, mais c'est moi qui voit des coïncidences où il n'y en a pas pour sûr. Un signe d’apaisement en somme.
Dans le même temps, des députés appellent au meurtre des djihadistes à l'étranger, sans complexe, insultent leurs opposants au parlement même, des connards se prétendant anarchistes perpétuent des attentats, la droite trouve des qualités à Salvini, et le président de la république ment à chaque phrase, qu'il l'ouvre à l'étranger ou dans son propre pays. Et son premier ministre le suit dans la foulée, sur le service public. Ceux qui pensent que c'est un déni de réalité se fourrent le doigt dans l’œil jusqu'au foie. C'est calculé et mesuré, au poil de cul. Rien de mieux pour tout faire péter, pour faire disjoncter ceux qui sont déjà borderline. Il suffira maintenant d'un connard hystérique qui descend dans la rue avec son fusil de chasse pour pouvoir décréter la loi martiale.
Le Boucher de Jupiter, Castaner, joue son rôle à merveille. Il faudra qu'un jour il songe, comme ses collègues, à se reconvertir dans le théâtre, le spectacle vivant manque cruellement d'interprètes de ce niveau, capables d'incarner les pires salopards avec un sourire Ultrabrite. En réponse à un député FI qui décline la liste des mutilés pendant les manifestations, il ose tout, on sait donc, ce qu'il est, jusqu'à décliner la liste des morts accidentels de ces dernières semaines. Les morts dont il est responsable. L'indécence a enfin accès à l'Olympe. La honte n'a plus sa place dans leurs cerveaux obstrués par leurs privilèges, si elle en a eu une un jour.
Mes lendemains ne chantent plus.
Magnifique, comme souvent, mais tellement à pleurer...
RépondreSupprimerDésolé, mais je suis au sol, KO.
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