Il faut garder le moral. Il vaut avoir envie de forniquer avec cette belle pomme d'existence, cette bonne poire.
Ça crève de faim à la naissance, même en France mais je m'en branle. Ça se gave à tous les étages. Ça légalise l'inimaginable, ça suce la substantifique toile, par delà toutes les morales. On s'fait des steaks de 4 kilos pour n'en manger qu'une bouchée pour la jouissance de l'abondance, pour bander sur ce trop en trop. On se ment sur le prix à payer, on oublie tout, on s'ferme à tout. Les œillères sont un moindre mal surtout en astrakan. On sniffe la coke des usuriers, de nos proprios prêts à nous achever pour deux mois de loyer.
Tiens j'ai vu, qu'on tire à vue, aux frontières du désert, sans sommation, sans distinction. Maghreb barrage contre l'immigration vers une Europe asservie par inertie à l'exploitation de ses anciennes colonies. Un bateau a encore coulé, avec son fuel et ses réfugiés. Il faisait clair, il faisait beau, jusqu'à ce qu'une torpille touche le radeau. C'est une erreur n'en parlons plus. Ça ne vaut rien quand c'est pieds nus. On ferme les yeux, et on garde le moral.
Produit connard, n'importe quoi, mais produit. De la merde, de l'art, mais produit. C'est ce qui fait de toi quelqu'un, sans ta production t'es rien. Produit et garde le moral.
Qu'elle est belle ma nouvelle téloche. Ecran plasma au prix des gamètes d'enfants ascètes. Mon p'ti chéri tu t'rends pas compte de cette chance que t'offre le monde, tes sœurs sont des putes aux bordels les plus proches de nos Novotels. Toi tu fais tes 14 heures de chaîne, tu sers au moins à quelque chose, à autre chose, toi t'es quelqu'un. Elles, dans dix ans, elle l'auront comme un steak, on en fera des bonniches ou de la bouffe à caniches. Produit et garde le moral.
Ça s'organise en petit clubs, en jardins secrets, en sociétés, où l'on mérite d'imaginer que l'on est au dessus du dessus. On décide ou croit décider de ce qui est bon, de ce qui est à jeter, sans aucun recul ni compassion, on boit des smics, on baise des gosses, on fait la nique à ce vieux Moloch.
T'as pas compris ? Produit. T'entends connard ? Produit. Tu le supportes plus ce monde, malgré tes médocs ? Tu veux plus la voir l'insupportable réalité, avec son pus, sa sueur sa merde, ses cris ? Produit j'te dis, produit. La fatigue finira bien par t'emporter.
Tu l'oublieras la ploutocratie, tu oublieras les escroqueries, tu oublieras que les salauds sont ceux qui décident qui en sont. Tu oublieras ton impuissance, tu oublieras celle des autres, tu oublieras qu'ils ont vingt ans d'avance et que jamais ils ne lâcheront la manette. Tu oublieras que l'on méprise ceux qui n'ont pas encore lâchée prise, tu oublieras que l'on déroule des fosses communes aux marginaux. Tu oublieras les simulacres, de débats d'accords de contrats de pactes, tu oublieras que ton voisin frappe sur sa femme et baise ses gamins. Tires donc la chasse sur tes idéaux, c'est un fardeau. Produit et garde le moral.
On est tous là pour t'aider, médecins, psychiatres et pharmaciens. On va savamment te préparer le pti cocktail pour supporter. Dès le pti dèj, à toi de jouer, trois quatre pilules et c'est plié. Tu participes ainsi à l'effort de guerre, les labos t'en remercieront. A toi de produire pour nous faire jouir, à toi d'acheter pour nous aider, pour aider les autres qui comptent sur toi pour la croissance à tour de bras. Produit et garde le moral.
Tu oublieras le nucléaire, la mer d'Aral et les éléphants, tu oublieras ce que tu as connu, tu aimeras ce qu'on te donnera. Tu devrais le savoir maintenant, ton cerveau c'est ce qui t'fait du mal. Les nôtres sont suffisamment grands pour décider pour toi à présent. D'autres se sont déjà cassé l'nez, à vouloir nous déstabiliser. Mais leur cerveau pour l'coup repeint, d'un rouge que tu connais si bien, tous les caveaux des idéaux, de Marx de Nietzsche et de Rousseau. Accroche toi seulement à l'espoir, de mourir un p'ti peu plus tard que ton voisin, que tes parents, y'a qu'ça à faire et pour longtemps. Produit et garde le moral.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire