Un des petits plaisirs de ma vie, c'est d'aller chercher ma gamine à l'école. Parce qu'au retour, on prend les petits chemins vicinaux, au milieu des prés et des étangs, on roule à dix kilomètres heure pour profiter du paysage, on s'arrête pour écouter les grenouilles, les oiseaux, pour dire bonjours aux ânes, aux chevaux, et aux vaches.
Elle était campée sur mes genoux quand nous nous sommes arrêtés au bord d'un grand champ où jouaient et siestaient quelques très jeunes veaux surveillés par leurs rousses de mères. C'est beau un veau, c'est mignon, ça fait des bons de lapin et des ruades de cabri. C'est bon aussi le veau. Je pensais à divers rôtis blanquettes et je ne sais plus quelles sauces, quand un petit groupe de ruminants s'écarta, pour dévoiler un veau caché et couché dans les herbes. Un de ses congénères lui avait déféqué sur le crâne. La bouse coulait lentement en même temps qu'il donnait l'impression d'afficher un profond désarroi qu'il me transmit. J'ai décidé qu'il était l'heure de rentrer avant qu'il soit aveuglé par la merde.
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