Il fallait bien qu'à un moment je l'ouvre ici même, à propos des "migrants". D'entrée de jeu, je vais foutre à la trappe ce terme qui me donne envie de vomir. En voilà une bien belle pudeur démocrate qui cherche à cacher une pénible réalité : ce sont avant tout, et par dessus tout, des réfugiés. Des familles entières qui fuient, peu importe où, une mort certaine, de faim, de soif, de guerre. Ce ne sont pas des calculs économiques qui les poussent en Europe, pas plus que les indonésiens en Australie. Ils ne cherchent pas un eldorado, une place au soleil. Ils veulent simplement échapper à la mort. Et si aujourd'hui, tout le monde emploie ce terme de migrant, c'est pour oublier un fait simple et à mon sens indiscutable, nous sommes les responsables d'une situation qui les a obligés à chercher un refuge.
Oui, les responsables, c'est nous. Nous les occidentaux, nous les nantis du monde moderne, nous qui nous torchons le cul avec des chaussettes filées par des enfants indiens. Nous qui depuis des générations continuons à croire en un système qui tient plus du vampire que de l'humain, nous qui persistons à croire en une possibilité de croissance infinie au mépris des réalités élémentaires. Nous qui fermons les yeux chaque jour sur les conditions de l'accès à notre petit confort de merde. Nous qui continuons à voter pour des pitoyables hypocrites qui n'ont que faire du sort de ces malheureux, puisqu'ils sont les commanditaires des guerres qui les assassinent. Nous qui ne pourrions supporter de renoncer à nos voitures, à nos maisons surchauffées, à nos climatiseurs, même si le pétrole est coupé du sang d'innocents. Mais pire, nous qui débattons en commissions, en talk show, du pourquoi du comment du combien ça coûte du quand dira t'on du poids des photos et du choc des maux, et qui refusons d'agir, non pas en délégation, en déportant notre responsabilité sur nos élus. Nous qui sommes emprunts d'une lâcheté qui laissera une trace grasse et honteuse dans l'histoire, tant qu'il en restera une. Nous qui cherchons des excuses à travers les politologues, les philosophes narcissiques et minables, à travers un océan de théories qui ne sont que des prétextes pour fuir l'action.
Alors oui, la photo d'un enfant mort, la gueule écrasé dans le sable, ça fait frémir la bourgeoise qui fera à plus gros câlin à son petit dernier, et ira lui acheter des Nike samedi, même si elles ont étés cousues par des mains à peine plus grande que celle de son Kevin, pour oublier qu'elle a elle aussi du sang de ce pauvre drôle sur les mains. Mais finalement, tout le monde s'en branle. On partage (sic) sur les réseaux sociaux la surface de ces horreurs, parce qu'il faut bien avouer que même notre propre merde elle pue. Et on a pas envie d'y mettre les mains.
Alors agissons, ou fermons là.
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