Il ne se passe pas un jour sans que je noircisse un peu de papier, un morceau de page sur un carnet. Il y a toujours au fond de moi une voix qui éprouve une nécessité absolue de parler. Parler, souvent hurler. Il y en a qui me considèrent comme un artiste. La bonne blague.
Si la seule chose dont j'étais capable d'exprimer était mon horreur, ma haine, mon dégoût ? De moi même avant tout ?
Je suis pourtant amoureux des beautés. Mais je n'ai jamais eu le besoin, ou si peu, d'en parler, comme si je considérai qu'elle est une évidence, et qu'en partager mon attraction était futile, inutile. Le beau, le calme, la paix, ça n'est pas romantique, ça n'est pas mainstream, ça n'est pas rock, ça n'est pas pop. C'est pas classe.
Mais la plupart du temps, j'écris pour me vider, comme on se branle. Ça je sais faire. Quand les mots pèsent trop dans mon petit crâne, il faut les éjecter. C'est bien pour cela que je ne pourrais jamais sincèrement me considérer comme un auteur, je répond trop à mes pulsions, et j'ai peur que cela soit un mal contre la littérature. Et encore faudrait il que je sache ce que c'est, la littérature. Ou déjà, que je la connaisse un peu.
J'en connais des écrivains, que j'admire, dont les mots m'écorchent ou me pansent. J'ai la honte au poignet, d'une inculture grasse face à leur bibliothèque intérieure. J'ai toujours été jaloux de ceux qui peuvent mieux que moi. Peut être est ce là le secret de mon échec. La comparaison permanente. La référence.
Je n'ai jamais rien fait pour moi. J'ai toujours cherché à ce que l'on m'aime à travers tout ce que je fais. J'ai toujours eu besoin du regard des autres, et je l'ai encore, sans quoi je ne crois pas exister. Du moins, j'en ai l'impression formelle. Leur regard, seulement cela. Le reste m'indiffère. Leurs pensées, leurs sentiments je n'en ai rien à foutre. Regardez moi, partout et tout le temps, mais surtout fermez vos gueules, ne venez pas partager vos appréciations, ou simplement dites bravo puis laissez moi boire mes bières.
J'admire les égos démesurés, de ces femmes et hommes convaincus jusqu'à la moelle qu'ils sont des génies, des tueurs, qui n'ont même pas besoin de nourrir leur ambition. Je les admire mais je ne comprend pas. Comment est ce possible ? Et pourquoi pas moi ? Non, pas moi, je ne suis pas comme ça.
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