vendredi 27 septembre 2013

Sapin, chène ou naphtaline.

Un été de cercueils, couleur de merde. Pour les beaux jours tu sortiras ton barbecue, le crématorium a pris feu lors de la dernière cérémonie. Et la viande c'est trop cher. Et c'est pas bon pour c'que t'as. Il va falloir ranger tes jouets et changer de chambre.

La saloperie de la tête, quand on ne croit qu'au hasard, au chaos, c'est quand des évènements s'enchaînent irrémédiablement pour créer un sens, que l'on croit être le seul à comprendre, un message codé. Les messages ont bien tous un expéditeur, et jamais je n'admettrais qu'il puisse non être.

La saloperie de la tête c'est quand soi t'oblige à voir ton enfant mourir sous des coups de couteau, démembré, éviscéré, et que tu te réveilles avec l'empreinte invisible du manche dans la main.

La saloperie de la tête, c'est un océan qui rejette à son envie sur le rivage des échantillons de ce qu'on y a balancé par sacs bien pleins, mais qui a ses alizés, ses courants récurrents, ses tempêtes et ses banquises.

La saloperie de la tête c'est un tueur en série tapi au fond du cervelet, un zona avec des pattes, un psoriasis au moral. Et ça se traîne, comme une vilaine toux que l'on ne veut pas soigner. Et que l'on ne peut pas d'ailleurs.

La saloperie de la tête, c'est quand une bonne journée est celle passée sans une fois se demander comment on va crever.

La saloperie de la tête c'est la perte de la valeur de toute chose, quand plus rien n'a de saveur, plus d'attrait.

Et quand les autres se barrent c'est tout sauf une absence, c'est soi qui prend du poids, le poids de la dette que l'on a accumulée au fil des hommes et des jours, et tout ce que l'âme a pu tenter pour éloigner de la conscience cet état de fait vole en éclats graisseux, l'évidence revient à travers tout le corps, par tous les orifices même les pores de la peau, et pisse à gros bouillon et plus que la carotide d'un porc juste saigné.
 Le passé c'est un livre dont les pages se collent à jamais quand on les tourne, comme ces magazines à usage unique, malgré la qualité du papier glacé ou la chaussette sous l'oreiller qu'on a jamais ni le temps ni l'envie d'attraper. Les mains dans le mucus. Le passé a le poids d'un réel bien bétonné, l'avenir a l'immatérialité angoissante d'une brume âcre et pénétrante, insupportable incertitude autant que l'indéniable évidence.

Je ne connais rien de plus envahissant que le vide. Il s’immisce dans la moindre faille puis se dilate en sourdine. Il perce mon silence et piétine mes désirs.

Une horde de fantômes bien sagement alignés dans mon sillon, tous derrière tous derrière, autant d'actes manqués à ne plus regretter, autant d'excuses impossibles, autant d'avortements polymorphes, dansent dans mon foutu crâne, et attendent mon arrivée à la fête.

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