vendredi 28 mars 2014

"Le problème c'est plus les arabes, c'est les chinois."

Premier dimanche au soleil, à profiter d'un couscous barbecue, chez un vieux copain, exercice dominical autant gratifiant pour la vitamine D que pour le foie. Le plaisir d'un repas qui se prolonge sur l'après midi toute entière, à parler fleurs, lutte des classes, couilles de mouton, révolution, paternité, pinard et marc de raisin, pendant que ma gamine court dans les jonquilles et après les lézards... Le pied total.

Nous sommes à deux semaines du premier tour des municipales. Quand surgit en voiture, sur cette petite place de ce minuscule village de la Haute Vienne, un homme d'une soixantaine d'année, accompagnée d'une femme beaucoup plus jeune. Ils ont dans les mains des petites liasses d’enveloppes format A5, qu'ils commencent à distribuer dans toutes les boîtes aux lettres.

Mon hôte, que je présenterai comme un militant de dizaines d'années de luttes, revenu de tous les mouvements d'extrême gauche au point de créer le sien, un rouge de chez rouge comme il dit lui même, les apostrophe.

"Bah ! Viens boire un coup là, viens te présenter ! Jette pas juste ton tract, viens m'expliquer !"

Le type finit par accepter et grimpe les marches qui l'amènent à la terrasse, suivi de la femme, dans son ombre. Le retraité modèle, propre sur lui, anodin. Bonjour cordial, refus cordial d'un verre, pas le temps, ohlala, on en a plein à distribuer encore ohlala. Cordial, jusqu'à ce que mon pote ouvre l'enveloppe pour en sortir un tract Bleu Marine. Une légère tension s'installe.

"Ah mais c'est toi qui te présente pour le FN, ok..."

Et le type commence à réciter sa prose poujadiste, rien d'étonnant, rien de nouveau. Quand mon pote l'interpelle sur un point précis relatif à un tract un peu plus ancien.

"Ouais, mais tu sais, ce que j'ai pas aimé dans ton dernier tract là, c'est cette histoire sur le tunisien qui t'aurait jeté des pierres sur ta maison et cassé des tuiles. Qu'est ce qu'on en a foutre qu'il soit tunisien ? Un con c'est un con, peu importe ses origines." Et croyez moi, par chez nous, il y beaucoup plus de cons que d'immigrés.

Le ton monte, le volume aussi, et les pousse-café n'ont jamais aidé au flegme. La compagne de mon pote sent le vent venir et appelle tout le monde au calme. Pendant le "débat" qui dura à peine deux minutes, j'observais la femme, qui affichait un sourire béat sans dire un mot. Une trentaine d'année maximum, d'origine asiatique. Et tout à coup, l'homme dit ceci :

"C'est plus les arabes le problème, c'est les chinois. Parce que c'est eux qui vont devenir les maîtres du monde. Mais moi, j'ai tout prévu. C'est pour ça que je suis allé la chercher là bas ma femme, comme ça, quand ils vont nous envahir les chinois, quand ils viendront pour s'installer dans ma maison, et ben ils verront qu'il y a déjà une chinoise dans mon lit, et ils me foutront la paix."

J'ai été pris d'une nausée tout à fait nouvelle, en imaginant le parcours de la pauvre fille, que ce porc avait certainement été acheter en Asie, nouvelle grande mode chez les lecteurs du Chasseur Français. J'ai compris son sourire, celui de la gène occasionnée par l'incompréhension de la langue. J'ai imaginé sa vie, son putain d'enfer déguisé en nirvana, à faire la bonniche pour ce phallocrate raciste. J'ai imaginé, mais pas trop longtemps, j'avais envie de bien finir mon week-end. Ils sont repartis sans avoir reçu le moindre coup de pied au cul, la moindre insulte, ni même la plus petite vanne, tant la sidération nous avait coupé les pattes, la langue, l'humour. Et j'ai décuvé aussi sec. Mais la gerbe ne m'a pas quittée jusqu'au lendemain.




mercredi 12 mars 2014

Je suis un connard.

Je suis un connard, car je ne supporte pas le mensonge, les compromis, les concessions.
Je suis un connard car j'ai en horreur les dogmes, les écoles, les courants.
Je suis un connard parce que je réfute l'idée de représentation, de délégation, de corporatisme.
Je suis un connard parce que je crois en la différence absolue, en la complémentarité de la pensée et des émotions, au combat des idées.
Je suis un connard parce que je chie sur tous les drapeaux, quoique le noir soit le plus beau.
Je suis un connard parce que je refuse les étiquettes, les étendards, les macarons.
 Je suis un connard parce que je pense que l'homme est médiocre par nature, et que ne le sauve que la culture.
Je suis un connard parce que je garde les yeux ouverts sur l'horreur et la beauté en même temps.
 Je suis un connard parce que je n'ai aucune propension au pardon.
 Je suis un connard parce que ma pensée est en mouvement perpétuel, parce que je remets en cause chaque jour mes acquis, parce que je hais la certitude.
Je suis un connard parce que j'érige des statues aux artistes.
Je suis un connard parce que j'imagine que l'intégrité mérite le respect.
 Je suis un connard parce que je pense que l'humanisme n'est pas l'amour aveugle de l'humanité, mais la foi en son existence, pas son essence.
Je suis un connard parce que je suis en colère, en révolte, en lutte, en indignation.
Je suis un connard parce que j'ai peur de la foule.
 Je suis un connard parce que j'ai la prétention d'être différent.
Je suis un connard parce que je m'autorise l'imperfection, le paradoxe, l'incohérence, à l'image du monde qui m'a fait.
Je suis un connard parce que je parle, je ris, je crie, je hurle, je vocifère, je chante et je pleure.
Je suis un connard parce que je suis sincère, même dans l'erreur.
Je suis un connard, parce que demain je détesterai ces lignes.
Je suis un connard parce qu'après demain, j'en écrirai d'autres.











lundi 10 février 2014

Aphorisme affligé #4

On se construit à l'ombre de vérités en attendant d'avoir sa propre chaumière.Et ça peut durer.

Les sagouins - 1995

Puisqu'il y a prescription, je peux aujourd'hui pleinement parler d’événements de ma jeunesse, autant que je puisse considérer de la sorte quelque chose de vingt ans. Disons que ça me rassure. Je peux raconter qu'il y a quelques semaines, lors d'une promenade avec ma fille vénérée au jardin botanique de la capitale régionale, me sont remontées anxiogènes les traces d'une beuverie d'anthologie qui avait dégénérée en pugilat maraîcher.

Comprenez là cinq ou six adulescents sortants ou allant je ne sais plus, c'est vous dire, à un concert de métal, imbibés de je ne sais plus non plus quoi. Hmm, malgré tout souvenir, peut être mélangé avec une autre soirée tant elles furent à ces moments. M.O.D. Du gros métal sans ambiguïté disons. Des putains de fachos. Bref. Une ou deux voitures, je ne sais plus. Moitié lycéens attardés, moitié étudiants déjà bien campés, je crois bien par contre ne pas avoir oublié tout ceux qui étaient là. Tous aussi malades les uns que les autres. Tous agités par une frénésie chaotique.

Le jardin botanique qui jouxtait la cathédrale était un "plan de nuit" réputé pour tous les zonards sans oseille de notre petite ville maudite. La plupart du temps il s'il touchait de jour mais sagement les nichons et glands des adolescents, les mamans et les papas modernes faisaient gambader leur héritage, les vieux venaient attendre la mort. La nuit tout s'inversait, les pédés venaient chercher la vie dans le peu peu d'ombre que l'actualité d'alors leur offrait, les gardiens dormaient dans les musées pendant que des gamins enjambaient les grilles des remparts pour y tirer des coups et en boire à l'abris des regards de leurs parents décidés à leur faire croire que jamais ils n'avaient fait cela. Tout cela sous l’œil bienveillant du Seigneur.

Mais cette nuit là il se s'agit pas de sexe. Du tout. Ou si de tels enjeux devaient se jouer nous n'en avions pas la moindre conscience alors. Et je ne sais plus comment cela est parti.On a pas pu se retenir. C'est parti tout seul.

On était là avec la petite, au milieu des coloquintes, quand ça m'est revenu. Celle que j'ai pris en pleine gueule. Celle que cet enculé m'a lancé d'une bonne bourre en plein dans le coté droit de la face. Une courge, quelque chose du genre. Pas la première pierre c'est certain cependant.Mais quelque chose du genre de tout ce qui a volé pendant quelques secondes dans un flots de rires démoniaques et alcoolisés, délirants et libérateurs. Cela devait être septembre ou octobre, autrement les munitions n'auraient pas étés si abondantes. Le temps fait s'imaginer de gigantesques batailles à partir de simples escarmouches, mais je crois bien que ce soir là quand même, ça a vraiment chié.

Au point que vingt ans après je m'en sente angoissé en place même de ce lointain forfait. Je m'imaginais déboulant avec ma môme, viens voir ma pupuce les jolies courgettes, face à une purée végétale, une compression de cucurbitacées, des plates bandes pressées du piétinement de parfaits impitoyables porcs.

Un peu plus bas, il y  a quelques bassins, nénuphars et carpes koï. Quel pût être leur menu ce soir là ?

Je me suis soudainement rappelé qu'il y avait un marchand de glaces pas loin du parc.

Aphorisme affligé #3

Ça fait mal d'avoir du sang dans ses veines.

mercredi 5 février 2014

A table.

Il y a la peur, il y a le désespoir.
Il y a l'envie, il y a le manque.
Et cette rage qui m'habille,
D'un manteau d'angoisse.

L'enragé va mordre,
Par appétit,
Pour la survie.

mercredi 27 novembre 2013

Toi toi mon cul #1

Toi, qui a un bon petit boulot peinard, et qui pratique la musique pour tes loisirs.

Toi, qui n'a pas besoin de la musique pour vivre ou nourrir ta famille, toi qui ne tire rien d'autre que du plaisir de tes concerts.

Toi qui casse les prix de vente des spectacles par dix, voire accepte de jouer gratos, il faut que tu prennes conscience que tu es responsable de la précarité dans laquelle plongent de nombreux artistes depuis quelques années.

Toi, qui considère que chaque jour est une fête de la musique.

Toi qui considère que les patrons de bars, de café concert, et même des SMACs ont raison de ne pas se laisser arnaquer par ces traînes savates d'intermittents qui veulent être tout le temps déclarés, même si déjà ce n'est que des clopinettes.

Toi qui ne comprendrais pas que je me mette à faire ton travail de comptable ou de boucher, à moitié prix, pour mes loisirs.

Toi qui solde notre avenir pour ta jouissance personnelle.

Toi qui brade des années de recherche, de création, au profit de tes reprises pourries.

 Toi qui participe au nivellement par le bas de la qualité de la scène française, te rendant complice des programmes de télé réalité et de la starification de la médiocrité.

Toi qui m'assassine, moi et mes semblables.

Toi qui t'essuies les pieds sur nos rêves.

Toi qui te torche le cul avec nos heures passées à chercher de quoi alimenter l'imaginaire des autres.

Toi qui n'est rien d'autre qu'un serviteur docile de la société du spectacle, mort celui là.

Je te maudis. Du plus profond de mon égoïsme. Car moi aussi.