Un été de cercueils, couleur de merde. Pour les beaux jours tu
sortiras ton barbecue, le crématorium a pris feu lors de la dernière
cérémonie. Et la viande c'est trop cher. Et c'est pas bon pour
c'que t'as. Il va falloir ranger tes jouets et changer de chambre.
La saloperie de la tête, quand on ne croit qu'au hasard, au
chaos, c'est quand des évènements s'enchaînent irrémédiablement
pour créer un sens, que l'on croit être le seul à comprendre, un
message codé. Les messages ont bien tous un expéditeur, et jamais
je n'admettrais qu'il puisse non être.
La saloperie de la tête c'est quand soi t'oblige à voir ton
enfant mourir sous des coups de couteau, démembré, éviscéré, et
que tu te réveilles avec l'empreinte invisible du manche dans la
main.
La saloperie de la tête, c'est un océan qui rejette à son envie
sur le rivage des échantillons de ce qu'on y a balancé par sacs
bien pleins, mais qui a ses alizés, ses courants récurrents, ses
tempêtes et ses banquises.
La saloperie de la tête c'est un tueur en série tapi au fond du
cervelet, un zona avec des pattes, un psoriasis au moral. Et ça se
traîne, comme une vilaine toux que l'on ne veut pas soigner. Et que
l'on ne peut pas d'ailleurs.
La saloperie de la tête, c'est quand une bonne journée est celle
passée sans une fois se demander comment on va crever.
La saloperie de la tête c'est la perte de la valeur de toute
chose, quand plus rien n'a de saveur, plus d'attrait.
Et quand les autres se barrent c'est tout sauf une absence, c'est
soi qui prend du poids, le poids de la dette que l'on a accumulée au
fil des hommes et des jours, et tout ce que l'âme a pu tenter pour
éloigner de la conscience cet état de fait vole en éclats
graisseux, l'évidence revient à travers tout le corps, par tous les
orifices même les pores de la peau, et pisse à gros bouillon et
plus que la carotide d'un porc juste saigné.
Le passé c'est un livre dont les pages se collent à
jamais quand on les tourne, comme ces magazines à usage unique,
malgré la qualité du papier glacé ou la chaussette sous l'oreiller
qu'on a jamais ni le temps ni l'envie d'attraper. Les mains dans le
mucus. Le passé a le poids d'un réel bien bétonné, l'avenir a
l'immatérialité angoissante d'une brume âcre et pénétrante,
insupportable incertitude autant que l'indéniable évidence.
Je ne connais rien de plus envahissant que le vide. Il s’immisce
dans la moindre faille puis se dilate en sourdine. Il perce mon
silence et piétine mes désirs.
Une horde de fantômes bien sagement alignés dans mon sillon,
tous derrière tous derrière, autant d'actes manqués à ne plus
regretter, autant d'excuses impossibles, autant d'avortements
polymorphes, dansent dans mon foutu crâne, et attendent mon arrivée
à la fête.
vendredi 27 septembre 2013
jeudi 22 août 2013
dimanche 4 août 2013
Aphorisme affligé #1
Le plus douloureux combat dans la vie d'un mégalomane, c'est celui d'accepter l'idée qu'il mourra tôt ou tard.
jeudi 18 juillet 2013
samedi 29 juin 2013
Aphorisme sans fondement #3
Le one man band est à la musique ce que la branlette est au sexe. De l'autosatisfaction.
jeudi 20 juin 2013
La pluie
La pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la flotte qui tombe du ciel la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie les averses la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie une ondée la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la bruine le crachin la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie une ondée une saucée la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie la pluie j'en peux plus et ça me fait culpabiliser.
lundi 3 juin 2013
C'est un veau.
Un des petits plaisirs de ma vie, c'est d'aller chercher ma gamine à l'école. Parce qu'au retour, on prend les petits chemins vicinaux, au milieu des prés et des étangs, on roule à dix kilomètres heure pour profiter du paysage, on s'arrête pour écouter les grenouilles, les oiseaux, pour dire bonjours aux ânes, aux chevaux, et aux vaches.
Elle était campée sur mes genoux quand nous nous sommes arrêtés au bord d'un grand champ où jouaient et siestaient quelques très jeunes veaux surveillés par leurs rousses de mères. C'est beau un veau, c'est mignon, ça fait des bons de lapin et des ruades de cabri. C'est bon aussi le veau. Je pensais à divers rôtis blanquettes et je ne sais plus quelles sauces, quand un petit groupe de ruminants s'écarta, pour dévoiler un veau caché et couché dans les herbes. Un de ses congénères lui avait déféqué sur le crâne. La bouse coulait lentement en même temps qu'il donnait l'impression d'afficher un profond désarroi qu'il me transmit. J'ai décidé qu'il était l'heure de rentrer avant qu'il soit aveuglé par la merde.
Elle était campée sur mes genoux quand nous nous sommes arrêtés au bord d'un grand champ où jouaient et siestaient quelques très jeunes veaux surveillés par leurs rousses de mères. C'est beau un veau, c'est mignon, ça fait des bons de lapin et des ruades de cabri. C'est bon aussi le veau. Je pensais à divers rôtis blanquettes et je ne sais plus quelles sauces, quand un petit groupe de ruminants s'écarta, pour dévoiler un veau caché et couché dans les herbes. Un de ses congénères lui avait déféqué sur le crâne. La bouse coulait lentement en même temps qu'il donnait l'impression d'afficher un profond désarroi qu'il me transmit. J'ai décidé qu'il était l'heure de rentrer avant qu'il soit aveuglé par la merde.
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